HERVÉ DI ROSA – À Anglet, rencontre singulièrement foisonnante et percutante entre les œuvres de l’artiste et les collections du Musée International des Arts Modestes.

Hervé Di Rosa est né à Sète en 1959. Il s’installe en 1978 à Paris, s’inscrit à l’École nationale supérieure des arts décoratifs et réalise ses premières peintures influencées par la bande dessinée, les pochettes de disques, les affiches de films, les feuilletons télévisés et les décorations de fêtes foraines. Il revendique avec un brin de provocation : « Je suis un mélange de Jérôme Bosch, Vélasquez, Matisse, mais aussi d’Hergé, Franquin ou Disney. » Il représente un monde imaginaire, truculent, dont les héros, monstres ou robots, évoluent dans la tumultueuse « Diropolis, la cité sans pitié », une vision furieuse d’un monde tout à la fois grotesque et effrayant. Sa technique est à l’image de ses personnages : vigoureuse et dense. Il fonde avec François Boisrond, Robert Combas et Rémi Blanchard, la figuration libre, ainsi baptisée par Ben en 1980, où s’affiche une certaine insolence face aux règles du grand art. En 1993, Hervé Di Rosa entreprend un tour du monde au cours duquel il réalise sur place des œuvres utilisant les cultures et les modes d’expression locaux : ainsi la technique des icônes en Bulgarie ; la peinture sur panneaux au Ghana ; les tissus appliqués au Bénin ; la peinture sur peaux de bête en Éthiopie ; la laque et la nacre au Vietnam ; les câbles de téléphone de couleur tressés en Afrique du Sud ; le bas- relief sur panneau de bois au Cameroun ou les sequins et perles sur tissu à Little Haiti, Miami, USA.

Hervé Di Rosa et les Arts Modestes, Anglet ©Alexandra Vaquero

L’artiste observe des cultures millénaires et la manière dont elles accaparent et absorbent les produits archétypiques de la culture occidentale. Il s’intéresse à toutes les images, toutes les formes, des plus triviales aux plus insignifiantes, des plus gigantesques aux plus minuscules. Il s’approprie des savoir-faire, des techniques et navigue de la taille sur bois à la céramique tout en s’investissant dans l’aquarelle, la peinture à l’huile, la sculpture, l’installation, le dessin animé, le décor pour le théâtre, la gravure ou encore la lithographie. Sa pratique est un voyage infini permettant de comprendre l’importance de ce qu’il nomme « la diversité créatrice ». En ce sens, il aime s’inspirer des cultures populaires qui l’entourent et qu’il découvre au fil de ses séjours. Il aime s’en imprégner, dans le but, justement, de ne pas se cantonner à un style unique.

Dès les années 1980, Hervé Di Rosa s’engage dans la reconnaissance d’un art aux contours extensibles, tout à la fois proche de l’art populaire, de l’art primitif et de l’art brut mais sans pour autant s’y réduire : « Il est autant composé d’objets manufacturés que d’objets uniques, pour la plupart sans grande valeur marchande mais à forte plus-value émotionnelle. Les amateurs se retrouvent au-delà du regard critique, de la notion du bon ou du mauvais goût, de la rigueur esthétique, dans un sentiment de bonheur éphémère, aux parfums de souvenirs d’enfance et de plaisirs simples non théorisés. »

Hervé Di Rosa et les Arts Modestes, Anglet ©Alexandra Vaquero

Collectionneur, il amasse de multiples curiosités et notamment de très nombreuses figurines. En 1990, il rencontre le collectionneur Bernard Belluc. En 2000, il ouvre dans un ancien chaide la ville de Sète, réaménagé par Patrick Bouchain, le MIAM (Musée International des Arts Modestes), créé d’abord pour accueillir ses collections et celles de Bernard Belluc. « On ne dit jamais les arts contemporains ou les arts bruts, alors qu’on parle des arts appliqués, des arts décoratifs ; dire des arts modestes est plus juste car ce n’est pas un genre, et c’est bien de ce pluriel que les cartes des territoires des arts modestes veulent rendre compte. » C’est un musée particulier dédié aux sources de l’art populaire, un musée où tous les croisements et greffes sont possibles et où l’on peut aborder des sujets inclassables, des thématiques qu’aucun autre musée n’abordera jamais. Depuis plus de vingt ans, il a présenté les œuvres de plusieurs centaines d’artistes français et internationaux de toutes générations, de toutes origines, de toutes pratiques. Les expositions ont souvent été à la pointe dans la divulgation de mouvements artistiques marginaux ou novateurs et de formes d’expression artistique rares et percutantes.

Après La Maison Rouge, à Paris, l’exposition « Figure-toi ! » au centre d’art Villa Beatrix Enea, à Anglet, constitue une nouvelle étape dans le programme de diffusion des collections du MIAM. Elle entremêle des œuvres d’Hervé Di Rosa et un choix dans les prodigieuses collections qui constituent le fonds du musée. Les peintures, aquarelles et sculptures de l’artiste dialoguent joyeusement et activement avec un costume confectionné en aluminium et cadrans de montres, des gardiens sculptés à la tronçonneuse dans du bois, peints et vernis par des artisans de la région de Baguio, Philippines, des enseignes et des panneaux publicitaires, des canevas et des piñatas réalisés par des anonymes et suspendus au plafond. Le résultat est forcément effervescent.
Didier Arnaudet

« Figure-toi ! »Hervé Di Rosa et les collections du Musée International des Arts Modestes
Jusqu’au samedi 15 octobre, Centre d’art Villa Beatrix Enea, Anglet (64)
www.anglet.fr