DAVID COSTE

C’est une histoire qui commence avec le célèbre sommet enneigé du studio de cinéma Paramount, qui se couche dans un livre et se déploie sous la forme d’une exposition au centre d’art image/imatge.
Récit en plusieurs chapitres par l’artiste.

Propos recueillis par Séréna Evely

Le livre
Une montagne(s) est une oeuvre à part entière : un livre-disque conçu par David Coste avec Jérôme Dupeyrat, Pierre Jodlowski et Grégoire Romanet, respectivement critique d’art, compositeur et graphiste. Documents, cartes postales ou reproductions issus des recherches de David Coste y sont redessinés et mêlés – assemblés, mis en opposition ou symboliquement liés – grâce à diverses techniques graphiques, selon le même désir d’hybridation que la bande sonore du disque.

_Une montagne(s). Humanités heureuses et_autres_paysages_charmants.Chapitre_3__photoDavid Coste


« J’ai commencé une enquête iconographique autour de la montagne de la Paramount Pictures en la pensant d’abord comme une analogie de la tour de Babel, un lieu qui n’existe pas et se reconfigure de manière multiple. Puis, j’ai accumulé des documents et beaucoup lu sur les industries culturelles : un livre, notamment, écrit par Élisée Reclus pendant son exil suite à sa participation à la Commune de Paris, qui parle des premiers aménagements du paysages (trains, remontées mécaniques, etc., qui ont permis de domestiquer la montagne) m’a beaucoup influencé. Il se trouve qu’une des origines possibles du logo de la Paramount Pictures est le mont Cervin, qui a par la suite inspiré une attraction dans les parcs Disney… tout le livre fonctionne comme ça : des échos, des répétitions.
Ayant constitué une documentation assez importante avec des images de films, des cartes postales, des tas d’images très hétéroclites, il a assez vite fallu que je prenne position. Je ne voulais pas faire un livre “compilationniste”, un album ou un atlas car j’avais envie d’éliminer le caractère vintage ou nostalgique des images. Pour moi, le dessin permet de se projeter, de constituer des mondes en partant pratiquement de rien. Dès qu’on amène du dessin, on fait travailler le lecteur ou le spectateur, et c’est ce qui m’intéresse : c’est lui qui finalise les images comme je les pense et comme lui les pense, il y a une grande part de liberté là-dedans. C’est ainsi que le dessin m’a permis d’éliminer toute emprise des images et de leur localisation, d’homogénéiser mes sources. Le projet est une mise en récit, un voyage dans mes documents accumulés – qui sont toujours présents pour eux-mêmes, comme des objets –, puis une exposition construite à partir d’eux. »

Vued’exposition_«Une montagne(s).Humanités_heureuses_et_autres_paysages_charmants.Chapitre_3.2020©DavidCoste

Des pages du livre aux murs de l’exposition
Après l’édition du livre, l’exposition visible pendant l’été à l’artothèque de Pessac constituait un chapitre, le deuxième. Il y était question de montagne et de cinéma et de montagne dans le cinéma, figurés par les dessins de David Coste bâtis en installation. Pour compléter la trilogie, le centre d’art orthézien image/imatge présente donc entre ses murs des pièces issues de la précédente exposition ainsi que de nouvelles oeuvres produites lors de la résidence de l’artiste au Frac Nouvelle-Aquitaine MÉCA en septembre dernier.
Là, selon un axe propre au travail de David Coste (interroger la circulation et la réinterprétation des images), les pièces de l’exposition racontent la manipulation des images, leur addition, les effets plus ou moins spéciaux que l’on peut leur appliquer, les décors qu’elles figurent…
Cabane façonnée à la hache comme par un survivant ou centaines de feuilles peintes occupent ainsi l’espace mais « restent des images, des dessins dans l’espace ».
« Le passage du livre à l’espace se fait dans la manière de revisiter mes sources qui sont à l’origine du livre en interrogeant leur échelle, leur matérialité, leur redéploiement. Et, souvent, ce déploiement se traduit par de l’image ou du volume.
J’essaie donc de raconter des moments du dessin et des pages du livre en les matérialisant spatialement : en fabriquant par exemple des rochers en papier, qui sont le fruit d’un geste très simple de froissage (ou qui donne en tout cas cette apparence de simplicité) ou en amenant des projections du livre. “Une montagne(s). Humanités heureuses et autres paysages charmants. Chapitre 3” rejoue ainsi des éléments présents dans Une montagne(s) (ouvrage achevé) mais pour l’espace physique (dans lequel on se déplace). Ce n’est pas une copie, c’est plutôt de l’ordre de la sensation. On comprend que c’est lié mais c’est forcément différent… »

« Une montagne(s). Humanités heureuses et autres paysages charmants. Chapitre 3 », David Coste,
jusqu’au samedi 16 janvier 2021, image/imatge, Orthez (64).
www.image-imatge.org