FILM FRANCOPHONE D’ANGOULÊME. Dominique Besnehard et Marie-France Brière, le créateur et la créatrice de la manifestation, se livrent sur la pertinence et la légitimité d’un festival du film francophone, présidé cette année, du 23 au 28 août, par André Dussollier, et dont laprogrammation puise dans une production toujours abondante et vivante. 
Propos recueillis par Henry Clemens

Comment abordez-vous cette édition ?

Dominique Besnehard : C’est la quinzième édition d’un festival qui n’a jamais connu d’interruption contrairement à Cannes, par exemple. On repart en espérant retrouver le public que nous avions il y a deux ans. Nous avons toujours pensé que ce rendez-vous était désormais essentiel pour le public mais également pour la Nouvelle-Aquitaine, pour la France et pour le monde du cinéma. Cette année, tout le monde nous a proposé des films et le choix s’est avéré cornélien. Les propositions sont globalement très bonnes ; ce qui prouve bien que le cinéma français reste très vivant. Il faut désormais espérer que le public retourne dans les salles obscures après en avoir perdu l’habitude. 

Angouleme Film Public @Christophe Brachet

Dessinez-nous les contours de la programmation.

D. B. : Il y aura une centaine de films à voir, dont des longs métrages, des courts métrages ou encore des documentaires. Notre festival est lié à la grande diversité du cinéma et la compétition met en avant les vrais films d’auteurs et des premiers films. Nos avant-premières, plus grand public, restent de qualité. L’élégance et la qualité qualifient aujourd’hui notre programmation. En ouverture nous présenterons Une belle course de Christian Carion avec Dany Boon et Line Renaud. Ce film est très émouvant, et je trouve qu’en ces périodes dures,il était important de promouvoir une œuvre humaniste. J’ajoute que nous avons prévu pendant cette semaine de rendre hommage à Simone Veil, à travers en particulier la projection du film Simone, le voyage du siècle d’Olivier Dahan. Le festival propose dix films en compétition et une vingtaine d’avant-premières. 

À quel besoin ce festival répondait-il ?

Marie-France Brière : Cette notion de films francophones m’est venue lors d’un séjour à Ottawa, au Canada. Une ville dans laquelle je découvrais un petit festival de films francophones de l’autre côté de la rivière, dans un des derniers bastions de la francophonie. Cette idée m’a beaucoup plu d’autant plus que les Français ont souvent la conviction que la francophonie se limite à un seul pays et il n’y avait pas de festival dédié aux films francophones en France. J’ai tout de suite pensé que ce festival verrait le jour si Dominique acceptait de m’accompagner dans l’aventure pour réaliser un événement populaire et de qualité !

Parlez-nous du pays invité.

D. B. : Le Rwanda sera cette année à l’honneur. Nous souhaitions ainsi évoquer un pays qui ressurgit après les années terribles de guerres intestines. Je n’ai que rarement vu un pays qui croit autant à l’avenir, avec un sens de la résilience tout bonnement formidable. C’est un pays dans lequel les femmes sont très présentes, où l’écologie fait partie du quotidien. Nous invitons pour l’occasion des artistes, des cinéastes, des créateurs de mode rwandais.

Chose rare, le festival rend hommage aux distributeurs…

D. B. : Oui, nous rendons habituellement hommage à des distributeurs indépendants, cette année nous célébrerons les 125 ans de Pathé ! L’hommage donnera lieu à une exposition et nous sélectionnerons dix films qui ont jalonné ces 125 années. Nous aurons à cœur de mettre à l’honneur les premiers films — Les premiers rendez-vous — dans la mesure où la filière accompagne de nombreux premiers films en France avec des moyens que d’autres pays n’ont pas. 

Angouleme Film Salle @Christophe Brachet

Et le territoire dans tout ça ?

M-F. B. : Nous avons demandé à des villes de Charente possédant des salles de cinéma ou non de nous proposer un film parmi tous les films projetés lors du festival durant ces quatorze dernières années. Ces films seront programmés dans tout le département quinze jours avant le festival. C’est notre manière de saluer le Département de la Charente qui nous accompagnedepuis le début, au même titre que la Région Nouvelle-Aquitaine, auxquels nous devons énormément. Le siège social du festival est d’ailleurs à Angoulême. Nous avons nos attaches ici et je tiens à préciser que nous ne nous considérons pas comme des parachutés. 

Vous attendez combien de spectateurs ?

M-F. B. : Environ 40 000 personnes, pour une ville qui compte à peu près le même nombre d’habitants ! C’est formidable ! Il faut d’ailleurs ici rendre hommage au CNC, qui nous permet de maintenir des places à très bon marché ! La télévision m’a toujours appris que l’âge d’or d’une émission dure trois mois ! Il fallait donc que nous performions dès le début avec ce festival. Le FFA a été très bien médiatisé dès le départ, grâce en partie au réseau de Dominique, qui reste quelqu’un de très apprécié dans le milieu cinématographique. Nous sommes — tendrement — cornaqués par France Télévisions, qui est notre partenaire parfait. Nous reconduisons également un dispositif média, testé à Cannes, qui regroupe Brut, FranceTélévisions et Tik Tok.

Film francophone d’Angoulême
Du mardi 23 au dimanche 28 août, Angoulême (16)
www.filmfrancophone.fr