FESTIVALS DES ARTS DE LA RUE

Le long de la Garonne les manifestations s’égrènent paisiblement au fil de l’été. On commencerait à Rions, pour continuer à La Réole et finir, en bifurquant un peu dans les terres, à Miramont-de-Guyenne, pour les 25 ans de Bastid’Art.

Stéphanie Pichon

Le plus charmant

Rues et Vous a toujours joué la carte du cadre, profitant des pierres blondes de Rions, du charme de ses ruelles moyen-âgeuses, et de sa proximité avec le fleuve, pour en faire le plus beau des festival des arts de la rue. 

La programmation est costaud – 30 compagnies invitées sur les trois jours –, mais n’empêche pas les jauges conviviales et les circulations faciles. Depuis treize ans que Vialarue chapeaute le festival avec la Communauté de Communes, on n’a pas dérogé à ce joli cocktail. 

Autre carte abattue, celle du pluridisciplinaire : à Rues et Vous, les concerts ont autant leur place que la danse, le cirque, le théâtre, le clown ou les DJs. Cette année, on a repéré du théâtre cannibale avec Les Ogres, duo qui décrypte les codes sociaux à coup d’humour noir et sanguinolent ; le Germinal participatif des Batteurs de Pavé ; le retour de la compagnie De Fracto ; le délirant Fred Tousch ; des déambulations dans le village avec les contre-visites guidées par Jérôme Poulain ou L’Enquête touristique désorganisée de la compagnie Joseph K. 

Fidèle à son habitude, le festival soigne son public – bonne nourriture, siestes musicales, coiffeur nomade – et invite aussi nombre de musiciens pour prolonger les nuits chaudes de juillet. 

Le plus confidentiel

Vivacité tire son histoire d’une transmission. « Il y a 25, 30 ans, les membres bénévoles de l’équipe actuelle de l’association participaient à ce stage organisé par les professeurs du collège Paul-Esquinance de La Réole, co-fondateur de l’association », explique Cécile Morineau, qui fait partie de l’équipe de Vivacité nouvelle formule. « On était les petits collégiens qui suivaient le stage Vivacité tous les trois ans avec un finale dans les rues de la ville. Dans les années 2000, ça s’est arrêté, on a souhaité refaire vivre un peu tout ça, dans une version plus moderne. » 

Depuis 2008, l’association ne compte que sur une équipe de bénévoles et 20 000 € de budget pour monter ses deux jours de programmation. Moins de dix compagnies invitées, un seul spectacle à la fois, en un seul lieu, le beau prieuré des Bénédictins de La Réole : ici on convie « seulement » 700 personnes sur deux jours. 

Dans ce petit cocon, beaucoup se connaissent, même si les Bordelais pointent de plus en plus le bout de leur nez, notamment depuis l’obtention du label Scènes d’été de la Gironde. 

Le vendredi, les bénévoles parient sur des soirées « moins consensuelles ». L’édition 2019 invite les formules solo des excellents Marie-Do Fréval et Thyphus Bronx. Deux spectacles qui grincent, bousculent, ne caressent pas vraiment dans le sens du poil. 

Le samedi s’avère plus grand public et commence dès l’après-midi. La compagnie Les Lubies propose sa Demande en mariage de Tchekhov, en version tout terrain et vigneronne, pour trois comédiens. Transposée dans la bourgeoisie bordelaise, et jouée au plus près des spectateurs, la pièce prend une tout autre tournure. Le JOSEM (Jeune Orchestre Symphonique de l’Entre-deux-Mers) arrive en fin de journée avec ses soixante musiciens amateurs, pour un programme symphonique attrape-tout : airs classiques célèbres musiques de films et morceaux trad.

Le plus ancien

Certes, il faut quitter les bords de Garonne, et même passer la frontière du Lot-et-Garonne, pour rejoindre Miramont-de-Guyenne, bastide marquée par l’histoire circassienne dès le début du xxe siècle. 

Cette année, son festival des arts de la rue et du cirque, Bastid’Art, fête ses 25 ans, ce qui n’est pas rien ! Un quart de siècle que l’équipe emmenée par Thierry Jousseins fait fête pendant un week-end d’août, mais surtout arrose le territoire d’actions culturelles, de résidences artistiques toute l’année. Ici c’est du lourd, des très grosses compagnies et des concerts festifs, un in et un off. Et un aspect trans-générationnel revendiqué : on veut séduire du petit dernier aux grands-parents, avec une grande offre gratuite. Seules les soirées d’ouverture – cette année exceptionnellement à Marmande – et de clôture sont payantes. 

Pour la 25e édition, Bastid’Art a vu (encore) grand : 100 représentations gratuites dans la bastide et quelques productions mastoc. La Bivouac Cie présente sa dernière création, Perceptions ; Générik Vapeur, mastodonte marseillais, déambule avec un appareil photo géant dans Photo communale ; Tango Nomade arrive avec sa danse verticale ; et les Colombiens d’El Nucleo présentent leur trio acrobatique Nawak. 

Quant à la musique, elle s’ancre dans une tradition chanson et festive : Pierre Perret fête ses 80 ans avec un tour de chant de clôture, aux côtés des Goulamas’K – 20 ans au compteur – ou des Barbeaux. 

Et, ô bonheur, Bastid’Art, cette année, se déroule le week-end juste avant celui de Fest’Arts, le concurrent des arts de la rue de Libourne. Sur les bords de la Dordogne, lui.