BORDEAUX SHORTS

Né à Cannes et vivant à Bordeaux depuis quinze ans, Romain Claris réalise des films institutionnels et des courts métrages autoproduits qui trouvent leur place dans des festivals internationaux. En 2019, avec l’aide d’un producteur, ce passionné imagine un festival du très court métrage à Bordeaux, dont la première édition se tient le 23 octobre au cinéma Utopia.

Propos recueillis par Henry Clemens

Quel chemin pour en arriver à la création de ce festival ?

Il y a quelques années, en 2006, je réalisais des films d’une minute exactement. Avec deux films sélectionnés en Belgique, j’ai eu envie de persévérer d’autant plus que ces films ont été choisis pour représenter la délégation française aux Jeux olympiques de Pékin en 2008 ! En 2018, un nouveau film minute, qui fonctionne très bien en festival, me permet de rentrer en contact avec le producteur néo-zélandais Jonathan Zsofi. Il me propose, dès octobre 2019, de créer un nouveau festival en France. J’avance alors l’idée d’un festival international du film minute qui se déroulerait à Bordeaux et proposerait un autre format que ceux déjà existant dans la région, comme le FIFIB par exemple.

Quel type de festival imaginez-vous alors ?

Jonathan Zsofi me donne carte blanche dans la manière de penser le festival, que nous élargissons aux très courts métrages, de 4 à 15 minutes. Je décide de créer quatre catégories : documentaire, fiction, expérimental et animation. Par ailleurs, je tenais à ce que chaque participant – amateur ou professionnel – puisse envoyer un film. Je souhaitais que l’inscription reste accessible au plus grand nombre ; ainsi, le coût d’inscription d’un film d’une minute est fixé à un dollar. Lorsque nous lançons les inscriptions, en décembre 2019, nous recevons très vite 100, puis 300 films, pour finir à 874 films en provenance de 65 pays différents, soit 80 heures de visionnage ! Dès lors, il a fallu constituer un jury international. Daniel Vellucci, Paula Olaz et Ziad Kalthoum ont accepté de faire partie de cette aventure ! Et trouver quelques partenaires qui rendent cette première édition possible : le Marco Polo Bordeaux, le Seeko’o Hôtel, l’école de danse Rythmes et Cie.

Le très court métrage est-il une nouvelle façon de faire du cinéma ?

Elle n’est pas nouvelle : on a vu apparaître des productions de films minute au Brésil, en particulier, il y a trente ans. On peut raconter beaucoup de choses avec très peu de moyens tant du point de vue technique que de la durée. Néanmoins, réaliser un film d’une minute reste un exercice compliqué et très intéressant. Dès que l’on passe à une durée de 4 à 15 minutes, on peut revenir plus facilement à des schémas classiques de dramaturgie : un début, un milieu et une fin… 

Est-ce un cinéma parfaitement démocratisé ?

Aujourd’hui, tout le monde, avec son téléphone, peut raconter une histoire et la diffuser. Le Mobile Film Festival de Paris a axé sa proposition sur ce principe. Dans les 20 dernières années, ce n’est pas seulement la technique qui est restée primordiale, mais, a priori, ce que l’on a à raconter, avec un stylo Montblanc ou bien un BIC pour l’écrire. Je préférerai toujours une histoire touchante, émouvante, poétique, racontée avec un BIC. C’est aussi ma propre manière de raconter des histoires. 

Quelle économie pour le très court métrage ?

Nous avons un système unique au monde : en France, pour réaliser un long métrage de cinéma, il faut avoir fait un court métrage produit ! Une des volontés du festival est de dire que les très courts métrages représentent un genre à part entière. Les auteurs de nouvelles n’écrivent pas forcément de romans et sont écrivains malgré tout. Je souhaite que ce festival devienne un lieu de diffusion au grand public pour des réalisateurs qui ne sont pas forcément encore produits. La question lancinante reste cependant : « Où peut-on voir ces films ? » Et si on ne va pas chercher cette forme cinématographique tout seul sur Internet, on ne la voit pas ! Je suis en discussion pour proposer d’autres projections dans d’autres structures ; ça prend du temps ! 

Est-ce un cinéma dans lequel se révèle un genre en particulier ?

Le très court métrage de fiction est la catégorie dans laquelle on a reçu le plus de films. La question du cinéma expérimental reste ouverte ! Elle m’intéresse. Les genres sont bousculés et les très courts les mélangent souvent. Justement, le grand prix spécial Construction navale Bordeaux sera attribué hors genre et durée. 

Avez-vous décelé des thèmes récurrents ?

Il y a des noeuds communs d’interrogation comme la question environnementale et la migration, traitées de façons singulières. Dès l’ouverture des inscriptions, j’ai été contacté par des distributeurs et des réalisateurs iraniens qui, se trouvant sous le coup de sanctions économiques, ne pouvaient régler leur inscription en ligne. Aussi ai-je proposé une inscription gratuite aux Iraniens résidant dans leur pays. L’Iran est un grand pays de cinéma et je ne souhaitais pas que ses cinéastes soient pénalisés par la question politique. 

Quelle suite imaginez-vous au festival Bordeaux Shorts ?

Dans le cadre du développement du festival, je réfléchis à comment l’exporter. Cela demande d’avoir mené à bien cette première édition ! Initialement, nous avions proposé 48 films au jury soit 4h30 de projection publique ! Nous projetons 25 films pour 2h de projection. Je reste persuadé que les autres films méritent aussi d’être vus. Il me faut désormais imaginer un moment, réfléchir à un endroit de diffusion pour ces autres films. 

À quoi mesurerez-vous le succès de cette édition ?

Au fait d’avoir su remplir la salle de l’Utopia, aux retours des spectateurs invités à voter pour le prix du public et aux répercussions presse de cet événement.

Bordeaux Shorts,
vendredi 23 octobre, 20h-23h,
cinéma Utopia, Bordeaux (33).
www.bordeauxshorts.fr