FLORE KUNST

À La Rochelle, la Chapelle des Dames Blanches offre à l’artiste Flore Kunst une grande exposition monographique.

Depuis plus d’une dizaine d’années, Flore Kunst écume Emmaüs, les marchés aux puces et les brocantes, les greniers de famille comme les cartons déposés sauvagement dans la rue avant de terminer leur course au rebut.
Ce qu’elle cherche ? Des magazines datés des années 1950, 1960 ou 1970. « Cette passion me vient de l’enfance. Fille unique, j’avais des cousins, mais ils étaient beaucoup plus âgés ou beaucoup plus jeunes que moi. Aussi, je me retrouvais souvent seule chez mes grands-parents. Pour occuper le temps, je feuilletais les livres d’images et les revues qui étaient là, à disposition, comme Paris Match, Modes & Travaux, La Vie des bêtes, et puis je furetais beaucoup aussi à la recherche de ceux qui étaient remisés. Mes grands-parents gardaient tout. »

Champ de bataille


Irrésistiblement attirée par ce corpus, cette native de Lyon a fait de cette iconographie désuète son médium de prédilection. Glanées, collectionnées et découpées, les images sont ensuite assemblées et associées dans des collages qui alimentent un champ d’exploration des plus vastes. Futuriste, abstraite, sociétale ou érotique, aucune thématique n’est privilégiée. Tout comme ses influences qui croisent John Baldessari et les courants conceptuels, Hannah Höch et les dadaïstes, Marx Ernst et les surréalistes pour ne citer qu’eux. « Je peux me laisser porter par beaucoup de choses. Il y a la femme évidemment qui revient très régulièrement, mais ce n’est pas le centre de mon propos. Il y a aussi l’imagerie scientifique ou technologique. En fait, je m’intéresse aux images quand elles sont fortes dans leur contenu ou dans leur graphisme. »

Evanouie


Certains de ses photomontages servent des illustrations pour la presse, des pochettes de disques, des objets ou des scénographies. Parfois, ses compositions se prolongent dans des peintures ou des puzzles, mais, le plus souvent, elles se suffisent à elles-mêmes.
Une question demeure. Pourquoi cette restriction temporelle aux quelques décennies d’après-guerre ? « Je ne suis pas dans la nostalgie. Il y a une forme d’attirance et de répulsion pour cette époque avec ses visages et ses corps expressifs et pas stéréotypés comme c’est le cas à partir des années 1980. Il y a une dynamique naïve et positive autour de la modernité, du progrès et de la société de consommation. Il y a de la beauté et les signes avant-coureurs des catastrophes à venir comme le capitalisme néolibéral qui apparaît au début des années 1980. » C’est cette ambivalence, mâtinée de grâce et de dystopie, que Flore Kunst déploie dans ses détournements graphiques à découvrir jusqu’à la fin du mois à La Rochelle.

Anna Maisonneuve

« Icono », Flore Kunst,
jusqu’au dimanche 30 janvier,
Chapelle des Dames Blanches, La Rochelle (17).
www.larochelle.fr