SYLVIE VIOLAN

Partisane d’une culture exigeante accessible à tous, la directrice fête les dix ans du Carré-Colonnes, hydre à deux théâtres qui vient d’être labellisée Scène Nationale par le Ministère de la Culture. Une vraie reconnaissance.

Propos recueillis par Henriette Peplez 

Quels sont vos meilleurs souvenirs de ces dix années ?

Regarder le parcours des artistes que l’on accompagne depuis leurs tout débuts : Chloé Moglia, Cyril Teste, Yan Duyvendak, Philippe Quesne, David Bobée… Savoir que les projets que nous avons réalisés ont marqué durablement ceux qui y ont participé : Atlas avec cents amateurs ; les Dominoes géants ou Panique Olympique d’Agnès Pelletier. J’ai une affection particulière pour les projets artistiques que j’ai imaginés avec les artistes. Ces expériences créent des souvenirs, de l’aventure en commun. Je pense à Far-Ouest, orchestré par Opéra Pagaï ou aux Carnets de Chantier imaginés avec Laure Terrier pendant la rénovation des Colonnes, mais aussi la commande passée à La Cie Machine pour célébrer les vingt ans du festival Échappée Belle. 

Avec le temps, le public s’est-il approprié ce projet déployé sur deux lieux distants de dix kilomètres ? 

Je suis convaincue que l’attachement sincère des gens ne se construit qu’avec le temps. Pourtant, dès la première saison commune aux deux théâtres1, le public a été au rendez-vous. 

Ce travail est reconnu cette année par le label Scène Nationale. Quels changements en attendre ?

La labellisation nous permet de nous projeter sur plusieurs années. Cette question du temps me semble primordiale. C’est précieux. Le label va contribuer à renforcer notre soutien aux artistes, et, petit à petit, à construire une permanence artistique. Pour le grand public, cette complicité est encore peu visible. Par ailleurs, le label nous engage à aller au-delà de nos territoires d’ancrage et nous sommes missionnés pour embrasser désormais le Médoc. Je vais travailler avec le Parc Naturel Régional pour créer des projets autour des paysages. 

Qui seront les artistes associés ?

Pour les prochaines années, Opéra Pagaï et la Cie Volubilis, dans un esprit de carte blanche. Cela n’empêche pas d’accompagner des projets de long terme avec d’autres artistes (Auguste Bienvenu, Raphaëlle Boitel, Fanny De Chaillé, David Wahl…).

Avez-vous les moyens de remplir ces missions ? 

Le label est assorti de financements du Ministère de la culture. La montée en puissance a été prévue sur trois ans2. Néanmoins, l’annonce des moyens accordés cette première année est très décevante et ne peut répondre aux attentes, ni des artistes ni des publics ni des partenaires de la métropole, ni des acteurs culturels du Médoc. Je pense sincèrement que le territoire a besoin de coups de pouce en matière de financements culturels pour le spectacle vivant, pas uniquement pour nous : il y a beaucoup de structures qui sont dans la survie. 

Dans l’avenir, qu’espérez-vous ? 

J’ai un gros espoir de coopération. Nous, acteurs culturels au sens large, croyons en l’émancipation des citoyens par la pratique artistique et culturelle. Et, sans jugement de valeur sur ces pratiques, on doit oeuvrer ensemble pour qu’elles se développement. On doit abandonner l’esprit de chapelle et défendre la culture, ensemble. 

1. Le Carré à Saint-Médard-en-Jalles et Les Colonnes à Blanquefort ont été mutualisés en 2010 pour ne faire plus qu’une seule structure culturelle.

2. Une Scène Nationale bénéficie d’un financement minimal de 500k€. Le Ministère accorde une subvention de 112k€ au Carré-Colonnes. Les mesures nouvelles pour 2020 s’élèveraient à 80k€.

www.carrecolonnes.fr