PATRICK DUVAL Responsable de la direction artistique du Rocher de Palmer, l’homme a commencé à organiser des concerts, tout juste âgé de vingt ans. Puis, à partir de 1985, avec la structure Musiques de Nuit, dont il est toujours le directeur. Du 1er au 9 juillet, le festival des Hauts de Garonne effectuant son retour, passage en revue des effectifs.

Propos recueillis par François Justamente

Patrick Duval © Nico Pulcrano

Comment définiriez-vous le festival des Hauts de Garonne ?
C’est un festival, avec une programmation axée autour des musiques du monde, qui se déroule dans les parcs des Hauts de Garonne à Bassens, Lormont, Floirac et Cenon. Nous n’avons pas de têtes d’affiche, ce n’est pas une manifestation de stars. L’idée est de faire découvrir des groupes, qui parfois sont déjà venus dans la région, et de se retrouver de manière conviviale, avec quasiment pas de service de sécurité. C’est bon enfant, avec cette envie de mixité où tout le monde peut se retrouver pour partager une soirée.

Pouvez-vous nous décrire la programmation, en commençant avec le premier concert, le 1er juillet au parc du Bois Fleuri à Lormont, réunissant San Salvador et Lindigo ?
San Salvador est un groupe étonnant, composé à parité homme femme, qui travaille sur des chants traditionnels français en occitan adaptés à des chants polyphoniques. Ils ont sorti un album il y a presque deux ans et ont été repérés pendant le confinement. De grands médias les ont remarqués car ils ont été frappés par l’originalité du projet. San Salvador sera en co-plateau ce soir-là avec Lindigo, un groupe de maloya réunionnais chantant en créole.
Le maloya a un côté transe, c’est vraiment une musique qui s’écoute sur scène. Sur disque, on ne perçoit que 10 % de l’intensité du concert.
Le leader de Lindigo est un chanteur très charismatique qui entraîne le public.

AKB_Hamburg by FredvanDiem

Et le lendemain, au parc Castel à Floirac, de nouveau maloya avec Christine Salem… Un autre style de maloya avec Christine Salem, une chanteuse historique de l’île de La Réunion. Moins roots que Lindigo qui est très traditionnel, elle s’ouvre sur plein de musiques différentes. Nous avons un attachement particulier avec La Réunion. Depuis des années, nous programmons beaucoup de groupes réunionnais, y compris des groupes peu connus, car il y a une scène musicale foisonnante et passionnante sur cette petite île. Le maloya était interdit jusqu’en 1982. Danyèl Waro, figure emblématique du mouvement, a fait de la prison. Ce n’était pas il y a 300 ans. Danyèl Waro a mon âge, 60 ans. Je me rappelle un titre de Libération en 1973- 1974 : « Il est interdit de parler basque, alsacien ou occitan. »
Les langues régionales étaient interdites, il fallait que les gens rentrent dans le moule, et comme La Réunion, c’était la France, il fallait les couper de leur culture traditionnelle. Ce qui est aberrant. Aujourd’hui, ça paraît complètement délirant.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur Amsterdam Klezmer Band qui accompagnera Christine Salem ?
Le klezmer est une musique des Juifs d’Europe de l’Est. Amsterdam Klezmer Band, excellent groupe basé à Amsterdam, perpétue à la fois une langue, le yiddish, et une musique, qui aurait dû s’éteindre avec la Shoah. C’est une langue en train de se perdre, et comme pour le créole avec le maloya, il est important de faire en sorte qu’il ne disparaisse pas.

Dans un autre registre, au domaine de Beauval à Bassens, Mademoiselle. Mademoiselle est un trio composé de Rodolphe Burger (ex-Kat Onoma), Sofiane Saidi, chanteur de raï, et Mehdi Haddab, percussionniste. C’est une rencontre improbable entre quelqu’un qui vient de l’univers du rock proche de Bashung, et un chanteur algérien de musique populaire qui remonte aux années 1980, avec des textes qui parlaient de consommation d’alcool, de sexe. Ce qui a d’ailleurs valu aux chanteurs de raï de l’époque beaucoup de difficultés, interdictions et assassinats, notamment dans les années 1990. Avec ce trio, il y aura Papier d’Arménie, groupe fondé par Dan Gharibian, ex-leader de Bratsch, avec sa fille pianiste Macha Gharibian. Leur répertoire est composé de musiques traditionnelles arméniennes.

Papiers d_Arménies (c) Jean-Christophe Torres1

Le dernier soir, dans la cour du Château Tranchère à Cenon, vous nous emmenez en Gambie et à Cuba…
En clôture, il y aura Sona Jobarteh, l’une des rares femmes jouant de la kora. Moitié anglaise moitié gambienne et surtout virtuose de cet instrument d’Afrique de l’Ouest. Comme elle vit à Londres, il est assez facile de la faire venir. Elle sera en co-plateau avec El Comité, groupe jazz funk composé
de jeunes musiciens cubains vivant à Paris.
Au départ, nous devions avoir Gnawa Diffusion, mais nous avons dû les reprogrammer plus tard, car en concert gratuit, impossible de respecter les jauges et surtout de rester assis !

Festival des Hauts de Garonne, du jeudi 1er au vendredi 9 juillet. lerocherdepalmer.fr