Il est aisé de deviner le premier cercle des lecteurs de cet ouvrage à forte teneur en THC : Willie Nelson, Snoop Dogg, Cheech & Chong, Jimmy Buffet, Matthew McConaughey période « Moondog » et quiconque a survécu à La Beuze.Pour les néophytes, un peu d’histoire. Né à New Haven, Connecticut, Paul Kirchner entre dans la carrière au début des années 1970 comme assistant de Tex Blaisdell pour Little Orphan Annie, mythique comic strip s’il en est. Puis, en 1973, il se lie avec Wallace Wood, légende vivante de la maison EC Comics. En parallèle de cet apprentissage, il publie Dope Rider dans High Times (la Bible pour la dépénalisation du cannabis, fondée en 1974 à New York) et The Bus dans les pages de Heavy Metal, entre 1976 et 1985. Naviguant depuis entre presse jeunesse et publicité, Kirchner revient néanmoins aux affaires en 2013 avec The Bus 2 et cette nouvelle décennie se dévoile fort prolifique (En attendant l’Apocalypse, Jheronimus & Bosch). 2021, voilà qu’il retrouve son singulier cow-boy squelettique, infatigable fumeur de weed, errant perpétuellement dans un univers pulvérisant la notion même de psychédélisme. À pied, à cheval, au saloon ou dans son salon avec un bang de compétition, flanqué de son fidèle tatou philosophe Tatty et de l’accorte MJ, cette silhouette anarchiste rappelle autant le hiératique Clint Eastwood filmé par Sergio Leone que les élucubrations de Carlos Castaneda, les jeux de mots foireux en sus. Fourmillant de détails, d’inventions graphiques stupéfiantes (hum) et de références à la contre-culture, délicat d’avancer s’il est ou non recommandé de lire l’ouvrage en plein trip. Kirchner, lui, s’est toujours défendu d’avoir tiré la moindre latte…Laissons la conclusion à l’immense Neal Adams : « Comment quelqu’un à l’air si normal peut-il dessiner des choses si étranges ? »

Pedro de Pacas

Dope Rider : Pour une poignée de délires, Paul Kirchner(traduit de l’anglais par Patrick Marcel),Éditions Tanibis.