ARNAUD REBOTINI

Après la Philharmonie de Paris et le Festival d’Avignon, le colosse electro débarque à Bordeaux pour interpréter avec l’ensemble Don Van Club la bande originale de 120 battements par minute.

Les quinquas se souviennent certainement de cette imposante silhouette, toujours de noir vêtue, crinière de Cherokee, derrière le comptoir de feu Rough Trade, rue de Charonne, à l’époque où Bastille balbutiait la vague French Touch. Ce fan hardcore de The Sisters of Mercy, à l’allure de roadie de Metallica, était l’un des disquaires les plus passionnés de sa génération et faisait ses armes en tandem avec un certain Ivan Smagghe, sous alias Black Strobe.

Une poignée de EPs – Paris Acid City (1997) ; Innerstrings (2000) ; Me And Madonna (2002) – établit la réputation du duo tant en club que dans la presse spécialisée. Toutefois, la fatuité house filtrée puis la farce electroclash n’intéressent guère Rebotini, qui désarçonne les ravers du Pulp et du Rex en publiant, sous le pseudonyme Zend Avesta, son premier album, Organique (Artefact, 2000), où l’on croise la diva new wave Mona Soyoc (alors en rupture de Kas Product) et Alain Bashung pas encore embaumé dans le Bleu pétrole.

Tout est dit en somme sur l’homme : les pieds sur le dancefloor, la tête au
Groupe de recherches musicales. Le savant et le populaire, l’hédonisme et
le cortex. Nulle envie de choisir. Cet appétit se retrouve par ailleurs dans
la multitude de remixes signés Black Strobe ; le casting éclectique donne le
vertige et s’il fallait n’en retenir qu’un, alors la relecture de Sister Saviour
du trio The Rapture résumerait à merveille ce raffinement du coda EBM
évacuant la nostalgie au profit d’une terrible efficacité jamais gratuite.
Histoire de mieux faire le deuil à la suite du départ de Smagghe, qui préférait largement les platines (les soirées Suck My Deck) et la culture club (que ce soit pour Kill The DJ Records et désormais son propre label Les Disques de la Mort), Rebotini publie Music Components un an après Burn Your Own Church.

Une fois encore, les pistes se brouillent. Quel rapport entre un chant d’amour aux synthés vernaculaires et autres trésors analogiques et un disque où se lit en filigrane son inextinguible passion pour Johnny Cash et le rock’n’roll primitif ? Rien si ce n’est un nouveau départ en costume/cravate, moustache en fer à cheval, gomina et bagues de bluesman.
Rattrapé par la publicité et le cinéma, il trouve néanmoins le temps de composer entre 2009 et 2014 l’habillage sonore de la station France Info tout en menant désormais sa petite entreprise (l’étiquette Black Strobe Records), qui lui permet d’étancher sa curiosité à l’image du remarquable Frontières, création à quatre mains avec Christian Zanési, ancien élève de Pierre Schaeffer au GRM.

Devenu compositeur pour le cinéma à la demande de Jean-Pierre Limosin en 2002, ce n’est pourtant qu’après sa rencontre avec Robin Campillo qu’il en prend toute la mesure. Résultat ? Une collaboration fructueuse (Eastern Boys en 2014 et 120 battements par minute en 2017) et l’envieux statut de patron électronique hexagonal.

Marc A. Bertin

Arnaud Rebotini et le Don Van Club,
samedi 7 mars, 20h, Auditorium, Bordeaux (33).
www.opera-bordeaux.com
www.iboat.eu

© Valerian