THIBAUD KELLER – Il dirige depuis 2015 le Champ de Foire, à Saint-André-de-Cubzac, qui fêtera l’an prochain ses 30 ans. Un anniversaire et une saison placés sous le signe de la jeunesse amoureuse, flamboyante et sauvage, avec pour fil rouge, la présence d’Inès Cassigneul et ses spectacles organiques. Mais aussi un vrai concert de chiens. Un havre de chaleur humaine (et animale) en pleine crise énergétique.
Propos recueillis par Henriette Peplez

Quelles sont les grandes lignes de cette nouvelle saison, la 8e que vous élaborez pour le territoire cubzacais ?

On fait le pari de retrouver de la convivialité, de la jeunesse, de la fougue. Dans la programmation, ça se traduit par plusieurs choses : un fil rouge sur l’adolescence, une exploration des sentiments amoureux ; des rassemblements dans l’espace public ; des aventures où chacun peut participer. Ce sera aussi la deuxième année de compagnonnage avec l’Agence de Géographie Affective dont la nouvelle création WOUAF questionne des zones pavillonnaires dont Saint-André ne manque pas. Toute l’année, Olivier Villanove travaillera avec une classe dans le cadre d’un vaste projet de médiation pour découvrir la ville à hauteur d’enfant : à eux de nous faire visiter ensuite leurs endroits préférés, ceux qui font peur, ceux où on peut donner rendez-vous…. En préalable à la création de WOUAF, il prépare avec nous un concert de chiens.

Ce sera aussi la 10e année de Péripé’cirque, le temps fort consacré au cirque de création.

L’occasion d’accueillir des artistes que l’on a coproduits et accueillis en résidence et aussi de faire la fête avec un bal circassien avec la compagnie Le doux supplice.

Qu’est ce qui a changé pour le Champ de Foire en 30 ans ?

L’équipe n’a pas grossi : on est toujours… 2. Dernièrement, le ministère de la Culture nous a accordé des moyens conséquents pour accompagner les projets de création : onze semaines sont consacrées à des résidences d’artistes. C’est par exemple le cas de Peuple du parallèle, le projet de cartographie de Christophe Dabitch et Nicolas Lux, aligné sur le 45e parallèle.

Aujourd’hui, des spectacles sont répétés, créés, produits à Saint- André-de-Cubzac. Des fidélités artistiques s’installent.

C’est le cas des artistes « fil rouge ». L’an dernier, nous avons passé la saison avec Jann Gallois. Cette année, ce sera avec Inès Cassigneul, jeune metteuse en scène et comédienne diplômée de l’éstba [école attachée au TnBA à Bordeaux, NDLR] et qui travaille en s’appuyant sur une matière : la broderie dans Vierges maudites et la vase des fleuves dans La Grande Boueuse. Ses deux récits nous ont touchés. La vase des fleuves, cette terre douce, on l’appelle aussi « la tendresse ».

« Notre actualité est anxiogène ; moi ce qui m’intéresse indéfectiblement, c’est de continuer à faire lien. »

Vierges maudites sera l’occasion de découvrir le travail d’Inès Cassigneul.

C’est un seul en scène intime, que l’on présentera au coin du feu au château Robillard. Une histoire d’amour à la fois contemporaine et très ancienne. C’est une quête, une aventure, qui se raconte en même temps que se tisse et se brode une tenture. On a lancé un appel à participations pour trouver ce chœur de 6 ou 8 brodeuses.

Ce projet s’accompagne d’un gros volet d’éducation artistique : Inès interviendra en collège et lycée autour du sentiment amoureux.

Tout ce que l’on fait au Champ de Foire est lié à un projet de médiation. 45 classes de tous niveaux sont inscrites sur des parcours d’éducation artistique en lien avec les spectacles de la saison : sur le sentiment amoureux, sur les émotions, sur la transition vers le collège ou sur la fabrication des livres. Pour la petite enfance, une collaboration entre la compagnie Éclats et le cabinet d’architecture Extra donnera lieu à une cabane sonore et musicale.

Vierges maudites !©Laurent Guizard

Le Champ de Foire est aussi connu pour ses propositions participatives, des aventures ou des expériences à vivre et à partager.

Je défends un principe de curiosité, de recherche d’émotion, d’imaginaire et de fiction. Je défends une liberté de parole artistique, toujours liée à un questionnement sur la société. Il me semble que nos projets, qui parlent du territoire, peuvent amener des populations qui ne franchiraient pas les portes du théâtre à vivre une expérience forte et enrichissante, sans en avoir l’impression. Arpenter les grottes et les carrières de champignons avec les artistes de La Grosse Situation, participer à Vieillesse et élégance de Sylvie Balestra ont marqué celles et ceux qui l’ont vécu durablement. Parmi les participants, plusieurs n’étaient pas spectateurs, et le sont maintenant, d’autres sont devenus bénévoles et d’autres enfin se demandent pourquoi ils ne l’ont pas fait plus tôt. Notre actualité est anxiogène ; moi ce qui m’intéresse indéfectiblement, c’est de continuer à faire lien.

La Grande Boueuse, Sentimentale Foule/Inès Cassigneul
Sortie de résidence jeudi 6 octobre, 18h30, château L’Insoumise, Saint-André-de-Cubzac (33)

Vierges maudites, Sentimentale Foule/Inès Cassigneul
Mardi 18 octobre, 20h, château Robillard, Saint-André-de-Cubzac (33)
www.lechampdefoire.org