MUSÉE DE LA CRÉATION FRANCHE

À Bègles, l’établissement vient d’inaugurer sa nouvelle édition de « Visions et créations dissidentes ». Une exposition collective d’autant plus incontournable que ce sera la dernière avant fermeture pour travaux.

En 1989, s’ouvrait le site de la Création Franche à l’initiative du maire de Bègles de l’époque, Noël Mamère, et de l’artiste Gérard Sendrey. Devenu musée municipal en 1996, reconnu équipement d’intérêt métropolitain en 2017, le musée de la Création Franche a depuis ses débuts pour coutume de lancer sa nouvelle saison avec une exposition collective qui réunit des créateurs de différentes nationalités dont l’aura demeure encore confidentielle.
Cette année, « Visions et créations dissidentes » a une saveur particulière puisque ce sera la dernière exposition. De fait, le 10 janvier 2021, le site fermera ses portes au public pour plusieurs mois. Récolement (vérifier l’intégrité des oeuvres), déménagement de la collection, rénovation, restructuration et extension du bâtiment actuel scanderont un intervalle temporel qui devrait s’achever en décembre 2023. Durant ce chantier d’envergure, l’équipe du musée – désormais dirigée par Hélène Ferbos (qui succède à Pascal Rigeade) –, s’est fixé plusieurs objectifs : faire vivre la collection hors les murs, à travers des expositions à Bordeaux et au-delà ; obtenir l’appellation « Musée de France » ; éditer un nouveau catalogue de la collection aujourd’hui riche de 20 000 pièces.
Pour l’heure, on découvre les huit créateurs actuellement à l’affiche. Au rez-de-chaussée, le parcours s’ouvre en compagnie de Mitsutaka Tanimoto (né en 1974). Ce Japonais confectionne des collages à partir des livres anciens glanés lors de voyages initiés après avoir été contraint d’interrompre ses études de sport à l’université de Tokyo en raison de troubles mentaux.
Dans la salle adjacente, se déploie la confrérie panthéiste de Stephen Convey. Manutentionnaire sur les quais du port de Melbourne, cet Australien s’est lancé dans le dessin de manière fortuite à la faveur de griffonnages automatiques venus combler les pauses qui jalonnaient alors ses journées de labeur dans le courant des années 1970.
Lui succèdent le Suisse Olivier Lanz avec des compositions très structurées à base d’ornements et de signes, les réminiscences architectoniques du Belge Frédéric Vaudour et Olivier Van Hove, un jardinier passionné par les transports en commun bruxellois, dont il retranscrit et réinvente l’organigramme dans de splendides dessins aux allures enfantines.
À l’étage, la ligne noire, urgente et instinctive du Japonais Issei Nishimura voisine les saynètes bucoliques de Jean-Bernard François, retraité de la fonction territoriale, et les créations textiles d’Esperanza Partal, une dame de 91 ans résidant en Gironde à Saint-André-de-Cubzac.

Anna Maisonneuve

« Visions et Créations Dissidentes », jusqu’au 10 janvier 2021,
musée de la Création Franche, Bègles (33).
www.musee-creationfranche.com