MARTHE KRUMMENACHER

La danseuse joue de la disparition dans un solo de la catastrophe. Ce faisant, elle sidère.

Le chorégraphe Pierre Pontvianne, installé à Saint-Étienne avec sa compagnie Parc, et la danseuse genevoise Marthe Krummenacher, passée par la Forsythe Company et vue – entre autres – dans les pièces de Cindy Van Acker, se connaissent depuis leurs années communes au Nederlands Dans Theater de Jiri Kylian. En 2014, ils se retrouvent autour de Motifs, duo qui les montrait entremêlés par les mains. Janet on the Roof, créé en 2016, ne laisse plus que Marthe Krummenacher au plateau. Une liane aux longs bras dont la présence électrise quiconque la regarde. D’un voyage ensemble à Detroit, la ville d’origine de Marthe, ils augurent un travail sur la notion de sidération, celle d’avant ou d’après la catastrophe, dans une ville post-industrielle ravagée par la crise. «Ce qui nous surprend nous sidère et ce qui nous sidère ne nous surprend plus», estime Pierre Pontvianne, qui cherche à comprendre pourquoi, malgré l’effondrement à venir, ou déjà là, on reste sans voix, sans réaction, anesthésiés. Au début des répétitions, il demande à la danseuse «de disparaître». Tout simplement. Et l’interprète réussit la gageure d’une ultraprésence d’un corps sans visage, caché sous une longue chevelure. Son dos nerveux, mis à nu, devient un territoire en soi. Dans un glissement lent des postures, les événements surviennent, électriques : une lumière scande un rythme, des sons et des voix inquiétants nous parviennent. Pierre Pontvianne invente une danse hypnotique qui étire le temps et révèle notre préoccupant état d’engourdissement. Ce solo est présenté en prélude à la biennale Danse Émoi des centres culturels de Limoges qui aura lieu le mois prochain. 

Stéphanie Pichon

Janet on the Roof,
chorégraphie et conception sonore de
Pierre Pontvianne,
jeudi 13 février, 20h,
CCM Jean Moulin, Limoges (87).
www.centres-culturels-limoges.fr