CITÉ DU VIN – La nouvelle exposition temporaire revisite l’œuvre de Pablo Picasso par le prisme symbolique et formel du vin et des alcools populaires.

Au seuil de l’exposition, trône une grande boule de céramique décorée d’une peinture évoquant une nature morte à la bouteille de vin. Réalisée en 1948, à Vallauris, commune des Alpes-Maritimes que Picasso rejoint à partir de 1946 après la découverte de son célèbre atelier Madoura, cette pièce donne le ton. Et ce, à plus d’un titre.

Hommage à Picasso

Support propice bien que méconnu au renouveau de l’inspiration artistique de nombreux peintres du xxe siècle (Dufy, Matisse, Miró, Bonnard, Derain et bien d’autres), cette céramique de Picasso témoigne, s’il en était besoin, de l’incroyable diversité stylistique du maître espagnol comme elle révèle aussi une charge symbolique qui n’a rien d’arbitraire. Délestée de toute fonction utilitaire, « cette sphère, détaille Stéphane Guégan, historien et commissaire de l’exposition, a chez Picasso un sens très fort. Elle renvoie au cosmos. Et le fait que Picasso ait voulu l’associer à cette nature morte comportant une bouteille de vin qui se transforme presque en oiseau exalte les désirs de renaissance dans cet après-guerre très dur ». Divisé en cinq chapitres et deux intermèdes consacrés au « rendez-vous des poètes » et aux pichets, amphores et bouteilles réalisés à Vallauris, le parcours de l’exposition suit chronologiquement une carrière qui se déploie sur 70 ans en compagnie de plus de 80 œuvres venues de France et d’Espagne avec notamment la participation du musée national Picasso-Paris et du musée Picasso de Barcelone.

Des scènes bibliques (la Cène, le Souper d’Emmaüs) dessinées alors que Picasso n’était encore qu’un adolescent aux relectures tardives des Ménines de Velázquez, en passant par des scènes barcelonaises de bistrot, des natures mortes d’inspiration cubiste, des tableaux- sculptures semblables à des rébus poétiques (qui témoignent des nombreux poètes auprès desquels il a cheminé) jusqu’aux faunes, minotaures et bacchanales tumultueuses, les affinités électives entretenues entre le vin et l’extraordinaire inventivité de Picasso ne s’essoufflent jamais.
Traversée par la métaphysique, le profane, la satire, l’héritage antique, la mythologie, le christianisme, l’attrait du populaire,les mélancolies existentielles comme par les démultiplications infinies des formes, l’exposition procure une ivresse semblable à celle évoquée par Guillaume Apollinaire dans Alcools (dont le frontispice est d’ailleurs signé Picasso) : « Je suis ivre d’avoir bu tout l’univers. » 
Anna Maisonneuve

« Picasso, l’effervescence des formes », jusqu’au dimanche 28 août
La Cité du Vin, Bordeaux (33). www.laciteduvin.com