EMMANUELLE LEBLANC – La plasticienne, basée à Le Tourne, en Gironde, présente à La Ligne Bleue, en partenariat avec l’Agence culturelle départementale Dordogne-Périgord,
« Atmosphériques ». Propos recueillis par Anna Maisonneuve

Autour de quelles œuvres l’exposition s’articule-t-elle ?

Autour des « Diffuses », que j’ai entamées en 2014, mais aussi autour de pièces plus anciennes qui ont finalement engendré ce travail. Elles s’appellent « La ligne de peinture ».

De quoi s’agit-il ?

D’un travail que je prolonge depuis 2007. Formellement, ce sont des peintures à l’huile sur bois de petit format, toujours aux mêmes dimensions, présentées en frise. Elles fonctionnent comme des petites séquences, qui s’associent les unes aux autres pour créer une sorte d’atmosphère.

Ces images sont-elles essentiellement abstraites ou figuratives ?

Les deux. En fait, il n’y a pas de hiérarchie. Elles tirent leur origine dans des photographies que je prends avec mon téléphone. Ça peut être des détails, des halos de lumière, un morceau de ciel, une portion d’arbre ou un insecte. C’est très divers à ceci près qu’il y a très peu de figures humaines. Il s’agit davantage d’images indicielles. Juxtaposées les unes à côté des autres, elles génèrent une sorte de rébus pictural, une narration impressionniste. Ces séquences n’ont pas toutes la même longueur, mais chacune d’entre elles devient le début d’une autre séquence.

De quelle manière ce travail a-t-il conduit aux « Diffuses » ?

Pour moi, « La ligne de peinture » fonctionne comme un laboratoire d’images qui initie souvent de nouvelles séries. J’avais pris un grand nombre de photographies « ratées ». De celles qui sont dégradées par la présence d’un doigt sur l’objectif. Cela crée des sortes de halos rouges. Les « Diffuses » viennent vraiment de là.

Aujourd’hui, ces « Diffuses » sont complètement détachées de la photographie…
Depuis ma résidence en Inde, courant 2019, la palette chromatique a pris en densité. Je ne suis plus dans l’évocation d’une image abstraite issue d’un ciel, d’un halo de lumière ou d’un paysage enveloppé par la brume comme c’était le cas auparavant, mais davantage dans un rapport hyper-direct et sensoriel avec la couleur.

Les « Diffuses » se partagent-elles en différentes périodes ?

Oui, mais ce n’est pas chronologique. Je dirais qu’il y a trois grandes familles. Les « Diffuses » inspirées du ciel avec des gris colorés, des bleus et des nuances vaporeuses proches du paysage céleste. Il y a une période plus orientée vers des coloris issus de la tradition picturale avec le grand trio des carmin, indigo et or, que l’on retrouve beaucoup dans l’iconographie chrétienne. Et puis il y a les couleurs ultra-dosées issues de mon voyage en Inde. Là-bas, je suis allée sur des palettes que je n’avais jamais envisagées jusque-là. Des verts émeraude, des oranges… Depuis, j’essaie de plus en plus de combiner des coloris qui me semblaient jusque-là incompatibles, comme un orange avec un mauve et un brun. Étonnamment, ce type d’associations chromatiques fonctionne très bien. Après, c’est une histoire de rythme, de dosage, de quantité de couleur. Aborder ces nouvelles harmonies m’intéresse beaucoup.

«Atmosphériques»Emmanuelle Leblanc,
du samedi 7 mai au dimanche 12 juin, La Ligne Bleue, Carsac-Aillac (24).

Vernissage samedi 7 mai, 18h. artslalignebleue.fr