LES ZÉBRURES D’AUTOMNE – Pour cette nouvelle édition sans la caserne Marceau – habituel QG –, la manifestation crée des îlots-archipels au cœur de la ville et met en avant les cultures créoles. Rencontre avec Hassane Kouyaté, directeur du festival.
Propos recueillis par Stéphanie Pichon

Quelles sont les lignes fortes de cette édition, la quatrième depuis votre arrivée en 2019 ?

La première chose à souligner, c’est que les Zébrures se déplacent sur la place de la République et à l’Opéra ; ce que nous nommons les « Archipels ». C’est très important, car le festival s’installe vraiment au cœur de la ville ! Au départ, cette éviction de la caserne Marceau nous paraissait négative, maintenant, cela nous apparaît comme une décision positive, qui nous permet de nous démocratiser davantage. Le deuxième axe fort de cette édition, c’est le focus sur les cultures ultramarines et insulaires.

Josué Azor — L’amour telle

Pourquoi cette envie de faire cet éclairage sur la culture créole ?

Je dirais plutôt « les » cultures créoles, car il y a plusieurs créoles. J’essaie, depuis mon arrivée, qu’on ne globalise pas les francophonies. Je n’aime pas le terme de « la » francophonie. Si on la voit comme un continent, alors oui, mais comme un continent de la pluralité des cultures francophones. En 2020, après la pandémie, les Zébrures ont fait un focus sur l’Afrique, puis en 2021 sur le Moyen-Orient et l’Asie. Faire un focus sur une région à chacune des éditions, comme cette année avec les îles des Antilles, permet qu’on comprenne encore plus la singularité et la multiplicité des francophonies. L’année prochaine, l’accent sera mis sur le Canada francophone, le Québec, la Wallonie, la Suisse romande.

Cette année, un spectacle de danse participatif de Salia Sanou, À nos combats, ouvre le festival. Il y a cependant très peu de danse dans le reste de la programmation, contrairement à des éditions précédentes.

Nous sommes avant tout un festival de théâtre, un festival de création théâtrale. Nous souhaitons que Limoges soit un lieu de recherches, de découverte, un lieu d’émergence et d’accompagnement. Bien sûr, on s’ouvre un peu à d’autres disciplines, on essaie de montrer cette transversalité, pour dire que le festival n’est pas fermé. Mais je ne souhaite pas faire plus de deux ou trois spectacles de danse, sinon les Zébrures deviendraient un festival de tous les arts.

Il y a cependant une grande présence de la musique, des concerts…

Beaucoup de créations francophones passent par la musique. Et puis, la musique donne aussi l’occasion de moments fédérateurs qui réunissent tous les âges, toutes les catégories sociales.

« Dans le projet que l’on défend, on ne dissocie pas la création théâtrale du reste. »

l y a cependant une grande présence de la musique, des concerts…

Beaucoup de créations francophones passent par la musique. Et puis, la musique donne aussi l’occasion de moments fédérateurs qui réunissent tous les âges, toutes les catégories sociales.

Ces concerts sont d’ailleurs gratuits…

Oui, le spectacle de danse d’ouverture sera gratuit, tous les concerts seront gratuits, les spectacles jeune public aussi. Pendant les Zébrures, 80 % des événements – sur les 125 – sont gratuits. Ce sont des choses qui nous paraissent évidentes pour nous ouvrir à un large public. Ça l’est moins pour les tutelles à qui il faut expliquer que le montant de la billetterie n’est pas forcément notre préoccupation première.

Moi Chien CrÉole, Mise en scène Dominik BERNARD © Guillaume AriciqueHappyMan

Hors des temps spectaculaires, il y a aussi beaucoup d’espaces de dialogues, de rencontres, de conférences, de lectures.

Dans le projet que l’on défend, on ne dissocie pas la création théâtrale du reste. Qu’est-ce qu’on a été, qu’est-ce que nous sommes et qu’est-ce qu’on veut être : le théâtre est un vecteur pour se poser différentes questions, comme d’autres disciplines, universitaires, scientifiques… C’est bien qu’on se pose la question ensemble. Cela nous permet aussi de parler de la création par plusieurs fenêtres et de créer des espaces de rencontre entre artistes qui parlent la même langue, mais qui sont porteurs d’imaginaires différents. Je me souviens, en tant que Burkinabé, que c’est à Limoges que j’ai rencontré des Congolais par la première fois !

La caserne Marceau est en travaux, il ne semble pas dans les plans de la municipalité actuelle d’y réinstaller les Zébrures. Vous êtes un festival de création théâtrale et accueillez toute l’année des artistes en résidence. Où trouvez-vous des lieux pour créer ?

Je peux d’ores et déjà vous faire part d’une bonne nouvelle : dans le cadre d’un plan État- Région, la Région Nouvelle-Aquitaine et l’État – et pas la Ville de Limoges – s’associent pour transformer un lieu qui s’appelle le Jidé, une ancienne usine, en lieu de travail et résidence pour les Francophonies mais aussi pour la Cinémathèque de Nouvelle-Aquitaine et la future Maison de dessin de presse et d’humour. Le processus est enclenché, et cela répond à nos besoins : une salle de création, deux salles de répétition, six studios de résidence, des bureaux et des lieux de stockage. Pour moi, cela représente une grande avancée dans le projet et une grande victoire dans le combat mené depuis plusieurs années !

Les Zébrures d’automne, festival des créations théâtrales
Du mercredi 21 septembre au samedi 1er octobre, Limoges (87)
www.lesfrancophonies.fr