SOLIGNAC – Le château de La Borie accueille cet automne un ensemble significatif de la collection du FRAC-Artothèque Nouvelle-Aquitaine autour de thèmes relatifs à la maison et au foyer. Réjouissant !

Fin 2016, Ardi Poels et Harry Struijker Boudier faisaient l’acquisition du château de La Borie. Niché à quelques kilomètres de Limoges, ce charmant édifice du xviie siècle avait tapé dans l’œil de ce couple de Néerlandais en mal de nature.

Florence Paradeis

L’ancien professeur de pharmacologie à l’Université de Maastricht et l’historienne de l’art cultivent ici leurs appétences pour l’écologie et l’art actuel. Riche d’espèces végétales, de plantes potagères et médicinales, les 14 hectares de la propriété émanent du « jardin en mouvement » et de la « friche apprivoisée », selon l’usage motivé par le paysagiste et botaniste Gilles Clément, quand les intérieurs du domaine accueillent pour leur part une programmation ambitieuse et affûtée tournée vers l’art contemporain.

Après avoir dédié des accrochages à Marcel Broodthaers, Thomas Grünfeld, Benoît Maire, William Hunt, Christopher Orr ou Oscar Santillan, la galerie héberge actuellement une quarantaine d’œuvres issues de la collection du FRAC-Artothèque Nouvelle-Aquitaine. Concoctée à partir de pièces mythiques choisies par Ardi Poels (signées Bas Jan Ader, John M. Armleder et Tatiana Trouvé notamment), l’exposition imaginée par Yannick Miloux (le co-directeur du FRAC-Artothèque Nouvelle-Aquitaine) déploie une atmosphère qui propage et enraye le heimlich, ce sentiment familier, intime, agréable et confortable qu’on éprouve chez soi.

Véritable boîte de Pandore, la question du domestique nous entraîne dans des dédales romanesques pimentés d’impertinence, de fantastique, d’humour, de poésie et de spleen. En témoignent la Composition trouvée du Belge Guillaume Bijl qui réactualise avec insouciance le ready-made de Duchamp, le service à thé de Martine Aballéa composé de tasses et de soucoupes flanquées de faux-amis (Dire, Content, Present, etc.),
les mises en abyme ingénieuses de l’Islandais Hreinn Fridfinnsson, les jeux d’échelles métaphoriques du Polder de Tatiana Trouvé, les autoportraits troublants de Vanessa Beecroft comme aussi les sculptures d’ameublement d’Armleder inspirées par la musique d’ameublement d’Erik Satie.

Réparti sur cinq salles et deux étages, le parcours est scandé par les instantanés domestiques de la grand-mère de Florence Paradeis occupée à beurrer une biscotte, à tirer les cartes ou à s’accorder un temps de repos pendant que l’intérieur de Véronique Boudier poursuit sa consumation progressive et complète dans le film qui a donné le titre à l’exposition « Nuit d’un jour ». Anna Maisonneuve

« Nuit d’un jour »,
Jusqu’au dimanche 14 novembre, château de la Borie, Solignac (87). www.artlaborie.com