RENCONTRES SUR LES DOCKS – À Bayonne, le festival animé et imaginé par la petite équipe de l’Atalante souffle ses 18 bougies. Sylvie Larroque revient sur son inaltérable foi dans le documentaire et sur une programmation autour de la notion du « nous », avec un focus sur la production du Pays basque du Sud et du Nord.
Propos recueillis par Henry Clemens

Rencontres sur les Docks - Mathieu Prat
Rencontres sur les Docks – Mathieu Prat

Pouvez-vous revenir sur la genèse de ce festival ?

Comme son nom l’indique, l’événement est très majoritairement consacré au documentaire sous toutes ses formes. Le nom renvoie également au fait que nous sommes bien ancrés sur les quais et à proximité du fleuve. C’est une manifestation non compétitive, organisée de manière assez artisanale par l’équipe du cinéma. Pour nous, il s’agit de sortir de la logique des films qui s’enchaînent, de l’actualité brûlante pour proposer un temps fort avec une thématique.

Quelle est la thématique de cette édition ?

C’est « Nous » ! Un thème assez large qui permet de réfléchir au sens du collectif, de l’engagement dans une articulation entre le « je » et le « nous », l’intime et une dimension politique. Ce titre renvoie bien entendu également au film de la documentariste Alice Diop(1). Le « nous » se retrouve dans les titres de plusieurs
films programmés, à l’instar d’En nous, le film de Régis Sauder. Il est un peu la suite de Princesse de Clèves qu’il a tourné il y a une dizaine d’années. Dans En nous, il retrouve les élèves de la classe figurant dansPrincesse de Clèves et revient sur leurs aspirations, leurs désirs et leurs peurs. C’est très émouvant. Il y a une orientation sur la jeunesse pour cette édition, à l’image de Qui à part nous de Jonás Trueba, dans lequel le réalisateur madrilène suit un groupe d’adolescents madrilènes pendant cinq ans. Ce film est une question collective adressée à nous tous : qui sommes-nous, qui voulons-nous être ?

Rencontres sur les Docks - Mathieu Prat
Rencontres sur les Docks – Mathieu Prat

Quel film avez-vous choisi pour l’ouverture du festival ?

Retour à Reims [Fragments] de Jean-Gabriel Périot, l’adaptation d’un roman de Didier Éribon qui raconte cinquante ans du mouvement ouvrier en France à travers des images d’archives et la voix off d’Adèle Haenel. C’est un film pour le coup très clair sur la question des luttes politiques et de l’engagement. Le réalisateur sera présent. Nous tenons à ce que les films donnent lieu à des rencontres. C’est l’essence même de ce festival.

« C’est une manifestation non compétitive, organisée de manière assez artisanale par l’équipe du cinéma. »

En quoi consiste le focus sur le Pays basque ?

Nous présenterons plusieurs films, tous également liés à la question de l’engagement, dont le multi-récompensé Maixabel de la réalisatrice Icíar Bollaín, qui raconte la démarche de la veuve d’un homme politique tué par l’ETA et fera la rencontre avec l’assassin de son mari dans une démarche de réconciliation. Depuis deux ans, nous avons mis en place une collaboration avec l’association Zukugailua (la Centrifugeuse) qui a pour but de fédérer les différents acteurs du cinéma au Pays basque, que ce soit du côté de la production, des techniciens ou de la diffusion. L’idée, c’est d’aider à l’émergence d’une filière du cinéma au Pays basque. Une résidence doit accompagner des auteurs de films qui proposeront leurs projets à des producteurs néo-aquitains et du Pays basque. Cette dimension transfrontalière est assez unique.

Si vous deviez mettre en avant un film parmi la vingtaine proposée ?

Je dirais En nous de Régis Sauder qui me semble résumer ce qu’on a envie de montrer aujourd’hui ! Un film qui s’attache à dresser des portraits intimes et des portraits de groupe. Les personnalités marquantes de ce film se posent la question de leur place dans ce monde et comment l’habiter. Une question qu’on se pose tous et qui rend le film universel.

(1) Nous, d’Alice Diop, en salles depuis le 16 février.

Rencontres sur les Docks,
du mercredi 6 au samedi 9 avril, Bayonne (64) 
atalante-cinema.org