LES REJETONS DE LA REINE 
Cette toute jeune compagnie de théâtre au nom étrange multiplie les premières : première création titrée Un poignard dans la poche, premières représentations au TnBA, première programmation au FAB et sélection par le festival Impatience, manifestation consacrée à l’émergence. La relève est assurée !
Propos recueillis par Henriette Peplez

Un poignard dans la poche commence par un repas de famille : les deux parents accueillent pour la première fois la petite amie de leur fille unique. Comment rendez-vous la nervosité palpable ?
Le repas de famille est un code très récurrent au théâtre comme au cinéma ; c’est aussi une réalité que l’on a déjà tous vécue de nombreuses fois et dans laquelle il est facile de se projeter. Le choix que l’on a fait est d’exploiter cette situation et d’en tirer tous les rapports sociaux, ceux qui sont les plus violents et qui font apparaître la monstruosité des rapports humains.

Vous parlez de monstres. À quel moment ce repas qui se veut policé dérape-t-il ?
Les repas de famille peuvent être excessivement violents dans l’accumulation de ces petites choses anodines et blessantes qui sont dites, et toutes celles qui ne sont pas dites. Les tensions sont là. Nous ne faisons que les pousser à leur paroxysme, jusqu’à l’explosion.

Que racontez-vous à travers la figure des deux couples, celui, mature, formé par les parents et le jeune couple invité ?
Il nous a semblé évident de parler de remise en question des schémas et de déconstruction. Parce que pour notre génération, c’est présent, c’est ainsi. C’est une pièce qui parle réellement du monde d’aujourd’hui. Au travers de situations que les spectateurs ont déjà vécues, on aimerait éveiller chez eux une conscience des injonctions sociales.

Vous y parvenez en rejouant plusieurs fois la même scène sous un angle à chaque fois différent : une prouesse de comédiens et un texte à multiples facettes. Comment s’est faite l’écriture ?
Ce qui nous unit, dans le collectif, c’est notre attachement aux acteurs mais plus encore aux acteurs avec un bon texte. Simon Delgrange a écrit seul, à partir des personnages que chacun de nous avait envie d’incarner.

Le nom de votre compagnie évoque une filiation. De qui vous sentez-vous proches ?
La figure royale est chez nous récurrente et centrale. Alors nous aimons penser être les héritiers du théâtre élisabéthain : qui de mieux que Shakespeare pour peindre la famille et ses dysfonctionnements ?

Un poignard dans la pocheLes Rejetons de la Reine, du mardi 12 au samedi 16 octobre, TnBA, studio de création, Bordeaux (33). www.tnba.org