CÉDRIC FAUQ – Nouvellement nommé au poste de commissaire en chef au CAPC musée d’art contemporain, il entend faire la part belle au vivant, à la performance et à la musique, et produire des résonances entre l’établissement, la ville et au-delà.

Cédric Fauq©IA

Propos recueillis par Didier Arnaudet

Qu’est-ce qui a façonné votre approche de l’art ?
J’ai rencontré l’art contemporain alors que j’avais 16 ans, en 2008, et que j’étais en première littéraire dans un lycée de la proche banlieue toulousaine. C’est une camarade de classe, Mukashyaka, maintenant une de mes amies les plus proches, qui a eu la merveilleuse idée de me faire découvrir le Printemps de septembre, à Toulouse, un festival d’art contemporain qui vient de fêter ses 30 ans cette année. Les installations de Laurent Faulon et Delphine Reist, présentées à l’Hôtel-Dieu, m’avaient énormément touché, sans que je comprenne vraiment pourquoi. J’étais aussi très intrigué par le récit posé par le commissaire d’exposition Christian Bernard. Je ne savais pas que l’art pouvait être ce qu’il était, pouvait faire ce qu’il me faisait. Et c’est ça qui guide mon travail aujourd’hui : montrer l’inattendu, provoquer des sensations, au niveau physique puis intellectuel.

Pourquoi le CAPC musée d’art contemporain ? Qu’est-ce qui a motivé votre choix ?
Je le visite depuis maintenant quelques années. J’y ai vu les expositions consacrées à Sigma et la très belle monographie de Michael E. Smith, un artiste avec qui j’ai eu, par la suite, la chance de travailler. C’était une bonne entrée, pour comprendre l’esprit de l’entrepôt Lainé, ce qui s’y était passé et ce qui pouvait se passer. Pour moi, travailler ici, c’est aussi faire le bond entre le centre d’art et le musée. La logique de conservation m’intéresse, dans une forme de pensée écologique de l’institution, mais j’aimerais aussi réfléchir aux liens entre fiction et collection. C’est un point sur lequel Sandra Patron et moi allons enclencher des réflexions communes avec d’autres institutions, au niveau local (Frac), mais aussi national et international. Enfin, travailler au CAPC me permet aussi d’être au cœur des problématiques liées à la mémoire coloniale : l’entrepôt étant un ancien bâtiment dédié au stockage de denrées coloniales. Mes réflexions et conversations avec les artistes autour de ce que j’appelle « les ricochets de l’esclavage », autrement dit les conséquences contemporaines de la colonisation et de la traite négrière, feront l’objet de plusieurs projets, sans doute pas comme on l’attend cependant.

Quelles actions voulez-vous engager ? Quels axes souhaitez-vous privilégier ? 
Selon moi, une institution d’art est une institution qui devrait amener au débat, à la construction de la parole. Trop souvent, l’art contemporain mène au silence par son apparent hermétisme. Pourtant, par rapport au théâtre, au cinéma ou toute autre forme de spectacle, l’expérience du musée peut se faire en commentant, en discutant. Au CAPC, l’architecture peut tout de suite donner l’impression d’être dans un monastère. C’est quelque chose que nous allons désacraliser avec l’équipe et les projets que nous allons mettre en place. Pour moi, il est important que, lorsque l’on sort du CAPC, on ait le désir d’aller plus loin dans la pratique d’un ou d’une artiste, la lecture d’un texte ou le visionnage d’une vidéo, et de revenir pour vivre pleinement l’expérience de l’art. Le CAPC doit aussi emmener les gens à d’autres lieux d’art bordelais, et servir de ressource et de relais pour la scène artistique locale.

« Le CAPC doit aussi emmener les gens à d’autres lieux d’art bordelais, et servir de ressource et de relais pour la scène artistique locale. »

Pouvez-vous présenter vos premières expositions « Le Club du Poisson-Lune » et « Miettes » d’Olu Ogunnaike ?
Ces deux expositions me permettent d’enclencher plusieurs choses. Comment arriver ? Comment aborder ce lieu, cette institution ? J’ai très rapidement et intuitivement invité Olu Ogunnaike pour travailler sur le bois qui sert de structure interne à l’entrepôt Lainé mais aussi à la forêt environnante : Les Landes. C’est un projet qui permet d’ouvrir des portes d’entrée fabuleuses sur l’histoire, avec de la sculpture et des impressions sérigraphiques notamment. « Le Club du Poisson-Lune », quant à elle, est une exposition- fiction. Je suis tombé sur des témoignages qui mentionnaient le Poisson-Lune, un café- théâtre que Jean-Louis Froment, fondateur et premier directeur du CAPC, avait monté avec une bande de potes, en 1967, à Bordeaux. Il n’y a pas d’archives photographiques, mais l’idée de ce lieu comme précurseur du CAPC m’a poussé à imaginer cette exposition, dont la scénographie est signée par Deborah Bowmann, Victor Delestre et Amaury Daurel. Le choix s’est porté sur des artistes qui ont une pratique de l’écriture et qui flirtent avec l’objet décoratif. Ces deux expositions ont aussi pour point commun d’être les lieux d’événements qui vont animer les espaces.

« Le Club du Poisson-Lune »
« Miettes – Olu Ogunnaike »
du jeudi 4 novembre au dimanche 27 mars 2022, CAPC musée d’art contemporain, Bordeaux (33).
www.capc-bordeaux.fr