LE PETIT THÉÂTRE DE PAIN – La compagnie basque, qui fête cette année ses 27 ans, n’a rien perdu de sa vigueur, de ses colères et de ses engagements. En témoigne MU·e, sa nouvelle création dystopique en forme de poupée gigogne, où il est question de responsabilité et de transmission.

MU•E-5©Guillaume Méziat

Jamais ils ne pourront s’émerveiller d’une aurore boréale, ni observer les animaux de la savane, ni même se balader dans la baie de Saint-Brieuc car rien de tout cela n’existe plus. Ils sont condamnés à construire des igloos en réalité augmentée.

Eux, ce sont les enfants et adolescents de MU·e. Enfermés chez eux, comatant entre deux cours à distance devant des séries TV, ils vivent en 2051 des faits curieusement similaires à ceux des ados des années 2020. À une différence près : le désastre écologique annoncé a eu lieu. Qu’ont fait les adultes pour les protéger de cette catastrophe climatique ? Rien ou si peu. Plutôt que de vivre sous cloche, de rester et de subir, un nombre de plus en plus important d’entre eux choisit la fuite. Face à cette fugue de masse qui n’épargne aucune catégorie sociale, l’angoisse des adultes grandit et alimente les crispations intergénérationnelles : entre liberté insouciante et vaine surprotection, quel choix ont les personnages du Petit Théâtre de Pain ?

Leur dernière pièce, créée à Mont-de- Marsan, au Théâtre de Gascogne, puis présentée en octobre au FAB (Festival des arts de Bordeaux) est un puits sans fond dans lequel il est délicieux de tomber. La troupe a choisi de commander le texte à Magali Mougel.

L’autrice est connue pour ses pièces cinglantes, brûlots sur la violence de nos sociétés déshumanisées : une collaboration évidente, tant ses convictions rejoignent celles défendues par la troupe basque dans BOXON(s) jusqu’à n’en plus pouvoir, sa précédente création autour de la question du travail. Le texte qu’elle a livré ne contient pas une mais quatre histoires, combinées les unes aux autres par un astucieux montage. Labascule de l’une vers l’autre se fait sans difficulté pour le spectateur grâce à la palette de jeu des comédiens aguerris au théâtre de rue comme aux tournages de cinéma. Un peu à la manière d’une poupée russe, ou plutôt d’une illusion d’optique. MU·e, c’est l’effet Escher-Droste, cette astuce graphique qui imite la répétition des miroirs en abyme : une autre façon de voir.
Henriette Peplez

MU•e de Magali Mougel, en collaboration avec Le Petit Théâtre de Pain, mise en scène de Fafiole Palassio,
Mardi 9 novembre, 19h, L’Odyssée, Périgueux (24). www.odyssee-perigueux.fr
Mercredi 24 novembre, 20h30, Théâtre Ducourneau, Agen (47). www.agen.fr
Du mardi 7 au mercredi 8 décembre, 20h, Théâtre Quintaou, grande salle, Anglet (64). www.scenenationale.fr
Vendredi 10 décembre, 20h30, Espace culturel Larreko, Saint-Pée-sur-Nivelle (64).
Vendredi 17 décembre, 20h30, salle Saint-Louis, Saint-Palais (64). www.kultura-paysbasque.fr