CHAHUTS – Le festival des arts de la parole retrouve du peps et de l’épaisseur après deux éditions tronquées. Des fêtes à la Chahute, des boums de jour et des feux de joie encadrent 60 propositions artistiques, placées sous le signe de la prise de risque.

Le monde est incertain ? Et alors ! Prenons le risque de le regarder en face et de l’affronter ensemble ! Tel semble être le credo de cette 31e édition de Chahuts, festival des arts de la parole de Bordeaux. Celui d’engager un pas de côté, artistique, festif, pour poser un regard éclairé et joyeux, sur ce qui déraille et ce qui enchante. Chahuts propose de risquer la rencontre avec l’autre, avec des œuvres artistiques inclassables, des surprises festives dans une édition touffue, « ni presque ni mini » annonce sa directrice (en partance) Élisabeth Sanson.

Exil(s)

Comme un écho au quartier multiculturel de Saint-Michel, cette édition fait un grand focus sur l’exil, pour dire les allers- retours entre les langues, la plasticité de ceux qui migrent, les exils parfois tout intérieurs. Sthyk Balossa, chorégraphe originaire du Congo, Yannick Jaulin, conteur poitevin, évoquent tous deux la perte de la langue maternelle, celle qui s’échappe sans qu’on l’ait voulu. L’un avec un spectacle entre danse et cirque tiré d’un roman rwandais (Et ma langue se mit à danser), l’autre dans un conte musical autobiographique (Ma langue maternelle va mourir). Tout aussi personnel, le rituel d’Anne-Cécile Paredes, photographe et auteure bordelaise, dont le travail est tout entier traversé par les questions de migrations. Avant la France, rien évoque les ambivalences de sa double appartenance, entre France et Pérou.

Réalités du monde

Aux prises avec les urgences du monde – sociales, écologiques –, Chahuts soulève les questions qui fâchent et angoissent avec des œuvres capables de mettre à distance et d’injecter un peu d’espoir. Dès l’inauguration, Full Fuel, danse de rue inflammable autour de jerricanes de pétrole, cherche dans l’énergie et le contact avec le public, matière à un autre carburant pour continuer à rêver. La lecture musicale Après le monde, roman dystopique d’Antoinette Rychner, réunit trois comédiennes-récitantes et une musicienne autour d’une parole alarmante qui espère, dans cette prise de conscience abrupte, ouvrir le chemin de pensées alternatives. Quant au marathon de quatre heures des Arts Oseurs, Héroïne, il rejoue dans l’espace public cet incroyable théâtre que peut être un tribunal de justice, dans un spectacle documenté et plein d’humanité.

Retour des fêtes

Chahuts sans grandes fêtes populaires sur la place et dancings délurés, ça n’est pas vraiment Chahuts ! Après deux éditions très sages, la Chahute retrouve son QG dans la cour d’école (celle des Menuts), avec bal trad’, nuit africaine et soirée forró. Les motivés de l’heure de l’apéro pourront faire boum avec Ussé Inné sur la place Saint-Michel, les matinaux faire du yoga sur les quais et les B-Boys se retrouver pour le retour de la battle internationale. Quant à la grande fiesta, elle pourrait se jouer à la fête de la Saint-Jean (que Chahuts avance au 10 juin !), rive droite. Dans le parc Pinçon, le collectif Silex ! fait cramer son Œuf du phénix géant, dans un feu de joie collectif. Un rituel d’exorcisme, afin de tirer un trait sur ces deux dernières années chaotiques et prendre le risque de bifurquer. 
Stéphanie Pichon

Chahuts
Du mercredi 8 au samedi 18 juin, Bordeaux (33)
www.chahuts.net