VINCENT GÉRARD – À Bordeaux, le cinéaste et commissaire indépendant assure la direction artistique de « Free Contacts » du photographe Mark Lyon à la galerie La Mauvaise Réputation. 
Propos recueillis par Didier Arnaudet

Mark Lyon et Vincent Gérard

Vous réalisez et produisez des films et des vidéos. Vous organisez des expositions photographiques. Vous êtes également programmateur indépendant. D’où vient cet intérêt pour l’image ?

Le cinéma permet un temps idéal pour explorer des motifs. En cela, le film By the Waysa Journey with William Eggleston, que j’ai coréalisé avec Cédric Laty, en 2007, fut une étape importante. L’immersion dans l’œuvre du photographe du Deep South a complètement libéré ma relation à l’image : William Eggleston fait des photographies, qui sont de véritables formes artistiques. Il est également musicien. Il est aussi archéologue à sa manière et quelqu’un qui fait de la politique sans le vouloir. Comme dénouement de cet « Eggleston moment », j’ai fait venir William à Dunkerque, afin qu’il réalise le portrait de la cité nordique. En a découlé l’exposition «William Eggleston, Spirit of Dunkerque », que j’ai programmée au LAAC de Dunkerque en 2006. Cette période a officialisé ma liaison avec la photographie. Le hasard objectif est pour moi un cap important dans cette relation à l’image, autant dans les films que je réalise, que dans les écarts qui me permettent de travailler avec d’autres.

Vous accompagnez le photographe américain Mark Lyon depuis plusieurs années. Dans quelles circonstances l’avez-vous rencontré ? Qu’est-ce qui vous a intéressé dans sa démarche ?

C’est grâce à Laura Brunellière que j’ai rencontré Mark Lyon en 2006. J’ai découvert son œuvre et nous sommes rapidement devenus amis. Mark m’a invité à me plonger dans sa mine photographique, où règne une étrange collusion entre l’histoire américaine, le portrait, l’écriture d’une vie réelle et rêvée. Une carte blanche pour un commissariat m’a été proposée en 2009 à la Maison Zervos, à Vézelay, à l’occasion de laquelle j’ai pu organiser la première exposition monographique de Mark en France : « Le Collectionneur ». Nous avons collaboré ensuite sur plusieurs projets. Entre 2015 et 2019, je conduisais le programme de recherche Le Petit Tour, sur l’axe « représentation d’un paysage en crise : l’Europe ». À l’issue de son intervention dans ce cadre, Mark a décidé de mettre en œuvre un ambitieux projet photographique avec des exilés. Il m’a présenté les premières planches-contacts et m’a sauté aux yeux la logique implacable de son travail, revenu à son essence première : rencontrer des personnes et réaliser leur portrait ! C’est cette position artistique que j’ai souhaité accompagner à la hauteur de son exigence, en travaillant à la mise en œuvre de « Free Contacts ».

Vous présentez une exposition à partir de « Free Contacts » à la galerie La Mauvaise Réputation et vous assurez la direction artistique des multiples propositions et événements autour de cette série. Pouvez-vous évoquer l’ambition et toutes les entrées de ce vaste projet ?

La galerie La Mauvaise Réputation a été déterminante pour cette première exposition de « Free Contacts », que nous avons immédiatement souhaité inscrire dans la ville de Bordeaux. Nous avons donc travaillé à une programmation hors les murs. Depuis la matrice des portraits, nous avons imaginé quatre réalisations artistiques : deux réalisations, tirages et livre-objet, sont présentées à la galerie. La troisième réalisation – diaporama (performé ou programmé) – opère le maillage avec la cité. Des rencontres avec Mark et plusieurs invités agrémentent cette cosmogonie. La quatrième réalisation est un journal sans image, sésame de cette histoire (avec une quinzaine de textes). Pour conclure sur « Free Contacts », je reprendrai notre adage : « montrer un travail sur le portrait de personnes dont l’histoire est constitutive du devenir de la nôtre ».

« Free Contacts »Mark Lyon
Du samedi 18 juin au dimanche 2 octobre, galerie La Mauvaise Réputation, Bordeaux (33) www.lamauvaisereputation.net