JOHAN PAPACONSTANTINO

Figure en vue de la nouvelle scène pop hexagonale, le natif de Marseille est aussi un peintre accompli. À Poitiers, il investit les 1 000 m2 de l’entrepôt du Confort Moderne à la faveur de sa véritable première monographie.

Rarement syncrétisme ne prend autant de sens. «J’ai sérieusement commencé à peindre vers 16 ans, de manière consciente, imprégné par la Renaissance. Puis, j’ai développé une vraie passion pour l’histoire de l’art jusqu’à la peinture moderne. Et je suis nourri de pop culture comme de dessin animé ou de manga. » Du jeune trentenaire, d’origine gréco-corse, ayant grandi sous le soleil phocéen, on connaît surtout la musique – elle aussi syncrétique – fusionnant héritage paternel (rebetiko, laika, tsifteteli), hip-hop, r’n’b, auto-tune et Christophe. Avec sa silhouette contemporaine, flanquée de son inséparable bouzouki, d’aucuns l’envisageraient hâtivement comme un « produit » d’époque. Fausse route, le musicien studieux (batterie, guitare, synthés) connaît le sens du labeur. Et cela saute aux yeux : peintures à l’huile, acrylique, laque, feutre, pastel, aérographe, bombe, fusain… Johan Papaconstantino fait feu de tout bois avec la même application et une impressionnante maîtrise.

Ce retour au savoir-faire, du genre à confectionner ses propres pigments, trouve son origine dans un parcours a priori prestigieux (arts appliqués, Villa Arson) mais en permanence contrarié. « Je me suis fait tailler pour mes “croûtes” à l’huile. Donc, je me suis construit en réaction. » Et comme si cela n’était pas suffisant, Johan Papaconstantino revisite force références classiques – madones, icônes religieuses, odalisques, angelots, bain turc – et langage symbolique (lune, soleil). À contre- courant avec un permanent souci du réalisme, de l’équilibre, du vide et une sublimation du sujet.

Copie de ISIS PIA – JOHAN PAPACONSTANTINO-1

Pour autant, « Premier degré » offre au regard une somme de 6 ans de travail, accompli dans des squats et non en atelier, d’où jaillissent des gestes bruts comme ce portrait d’une petite fille venue spontanément le « compléter ». Motif récurrent, le trait noir, volontairement grossier, surligne, lui, des oppositions au sein d’une même composition. Toutefois, nul geste capricieux ou crâneur, Johan Papaconstantino aime profondément son médium. « Cette exposition est une déclaration d’amour à la peinture. La toile, c’est de la fibre, ça respire devant et derrière. Je déploie une énergie d’ouvrier dans mes pratiques, que ce soit avec un compresseur à lampes des années 1970 ou avec une recette pour obtenir un glacis précis et particulier. »

Cheville ouvrière de cette ambitieuse rétrospective, Guillaume Chiron, commissaire associé, ancien curateur Éducation & Recherche du Confort Moderne (et initiateur du génial programme Rencontre du 3e type), souligne « la cohabitation de techniques, les journées voire les mois de travail » tout comme « l’esprit BD en raison des bulles », ajoutant que « la pertinence de l’exposition s’est naturellement imposée, à la faveur des échanges, plus qu’un atelier musique à vrai dire ». « Le mélange
des pratiques musicales et plastiques est un prolongement naturel de l’ADN du lieu depuis l’origine, de Rita Ackermann à Régina Demina », confie Yann Chevallier, directeur du Confort Moderne.

Facétieux, Johan Papaconstantino propose aussi une salle de cinéma inversée avec mapping à la clef. Soit un vaste écran bleu dégradé, réalisé au pistolet, derrière des rangées de sièges et une projection sur le public. « Une espèce d’allégorie de la lumière, mais aussi un lien avec le concert. Là, on arrive de l’autre côté. » Paradoxe permanent d’une pensée sur le qui-vive exprimant peu après et avec conviction que « les couleurs de Jérôme Bosch mettent n’importe quelle impression numérique à l’amende. Les détails ont une puissance inouïe ».

Et le titre de l’exposition ? « Je suis premier degré quand je réalise une nature morte. Je ne joue pas du second degré. Ce titre est tout sauf le fruit du hasard. Je ne tiens surtout pas à faire rire les intellectuels. »
Sinon, on a causé de l’utilisation du flanger chez Connan Mockasin et Mac DeMarco. C’était chouette.

Marc A. Bertin

« Premier degré – Johan Papaconstantino », jusqu’au dimanche 19 décembre,
Le Confort Moderne, Poitiers (86). www.confort-moderne.fr

Copie de CAPSUL 018 – JOHAN PAPACONSTANTINO-2