MUSÉE DESPIAU-WLÉRICK – Associée à la première édition du festival Yeraz, à Mont-de-Marsan, l’exposition dédiée à Sergueï Paradjanov se poursuit avec notamment des collages réalisés lors de son emprisonnement.

Né en 1924 au sein d’une famille arménienne de Tbilissi, en Géorgie, pays faisant à l’époque partie de l’U.R.S.S., le jeune Sergueï Paradjanov étudie le chant, le violon, la danse, l’art dramatique et la peinture avant d’intégrer à Moscou l’Institut supérieur cinématographique d’État en 1945.

Là-bas, le réalisme socialiste alors imposé s’étudie, s’illustre et se diffuse par l’entremise des jeunes diplômés à qui il tient de propager cette doctrine devant promouvoir les principes du communisme de type soviétique. Sergueï Paradjanov ne fait pas exception… du moins au tout début de sa carrière qu’il entame à Kiev en 1952.

En 1964, il réalise son premier film personnel Les Chevaux de feu. Mal perçu par le régime soviétique, mais acclamé ailleurs, il sera suivi en 1969 par Sayat-Nova qui fera l’effet d’une bombe. Consacré au célèbre poète-troubadour caucasien du xviiie siècle, l’hommage cinématographique découpé en plans fixes résulte d’un savant alliage du dessin et de la peinture qui emprunte aux manuscrits enluminés, à l’art du textile comme aux arts plastiques. Diffusée à l’international en 1971, sous le titre La Couleur de la grenade, sa beauté formelle, étrange et sensuelle séduit le monde occidental mais ulcère Moscou qui fait interdire le film. Accusé de propagande antisoviétique, de nationalisme pro-arménien et de déviance sexuelle, Paradjanov est condamné en 1974 à cinq ans d’emprisonnement qu’il endure en confectionnant des sculptures de fortune et en couvrant de dessins toutes sortes de supports (tissus, bouts de carton, boîtes d’allumettes).

Libéré en 1977, mais assigné à résidence et interdit de filmer, Paradjanov se réfugie à Tbilissi dans la maison familiale, où il poursuit dans une frénésie vitale, tragique et néanmoins truculente la réalisation de collages, de dessins et d’assemblages. Disparu en 1990, l’artiste inclassable laisse derrière lui une œuvre foisonnante. Présenté de manière pérenne à Erevan, au cœur du musée qui lui est consacré, ce travail fait l’objet d’un éclairage inédit à Mont-de-Marsan qui réunit une soixantaine d’œuvres flamboyantes et baroques. Parmi elles, certains collages réalisés au cours de son emprisonnement. 
Anna Maisonneuve

« Sergueï Paradjanov – Je n’ai plus que le droit de rêver », jusqu’au dimanche 19 juin
Musée Despiau-Wlérick, Mont-de-Marsan (40)
www.montdemarsan.fr