ABRAHAM HADAD – Le peintre d’origine irakienne est de retour dans les Landes, au Fonds Labégorre, avec une trentaine d’œuvres qui explore les thèmes qui lui sont chers.

« À quoi vise l’art ?, s’interrogeait Bergson. Sinon à montrer, dans la nature même et dans l’esprit, hors de nous et en nous, des choses qui ne frappaient pas explicitement nos sens et notre conscience ? » Reconquérir cette part du réel qui se dissout dans nos perceptions ordinaires, c’est ce à quoi nous invite Abraham Hadad depuis plusieurs décennies.

Assise par terre II janvier
Assise par terre – Abraham Hadad

Auréolé de nombreuses distinctions (1er prix de peinture à Paris ; 2e prix d’art graphique du musée de Tel-Aviv ; prix Amédée-Maratier Fondation Kikoïne), collectionné par nombre d’institutions (Fonds national d’art contemporain ; musée d’Art moderne de la Ville de Paris ; Taiwan Museum of Fine Arts ; Galerie nationale de Prague ; musée de Tel-Aviv, etc.), Abraham Hadad est né à Bagdad en 1937.

Ses classes, il les réalise à l’école des beaux-arts de Tel-Aviv avant de rejoindre Paris au milieu des années 1960. Éduqué à l’art en vogue à l’époque, l’abstraction, le jeune peintre découvre dans les musées de la capitale les icônes et les grands maîtres de la figure humaine : Rembrandt et ses acolytes de la peinture hollandaise ; Chaïm Soutine ; Francis Bacon ; Lucian Freud ou encore James Ensor. Et réalise qu’il ne peut plus continuer de la même manière. « L’abstraction a très vite éclaté en arrivant en France, confie-t-il, même si en réalité il n’y a jamais vraiment eu de cassure. »

Ainsi, ses tableaux abstraits sont peu à peu colonisés par une série de formes. N’existant alors que pour servir la composition, ces personnages morcelés conquièrent progressivement leur intégrité charnelle pareillement aux décors qui quittent bientôt le territoire de la suggestion pour asseoir leur matérialité. Ces derniers nous précipitent le plus souvent dans un huis clos ascétique, dépouillé et meublé avec parcimonie. Non dénués d’une certaine hospitalité, ces intérieurs paisibles sont occupés par des personnages diaprés par des roses, des ocres et des bleus.

Reconnaissables entre tous, ces êtres familiers nous regardent avec leurs yeux ronds et leurs bouches invariablement fermées qui esquissent de temps à autre un sourire. Habillés ou volontiers nus, rejoints quelquefois par un petit animal de compagnie, ces corps, pareils à des monolithes, s’adonnent à leurs activités quotidiennes (la peinture ; un bain ; une prière ; une promenade ; une réunion familiale ; une pose lascive…) dans une grâce indolente qui semble suspendre le cours des choses. C’est dans cette suspension et cette hésitation que s’engouffrent tous les possibles : les bouleversements les plus radieux comme les séismes les plus funestes. Anna Maisonneuve

« Plus subtil qu’un cri »Abraham Hadad, jusqu’au samedi 21 mai
Galerie du Fonds Labégorre, Seignosse (40). www.fondslabegorre.com