FILMER LE TRAVAIL

Du 4 au 13 février, la 13e édition du festival pictavien propose une thématique consacrée au travail de la terre et au vivant.

Après « Les femmes au travail, l’égalité femmes/hommes » (2020), puis « L’éducation » (2021), la manifestation s’oriente vers la ruralité avec, comme à son habitude, un thème énoncé précisément où le choix des mots a son importance. Le fait d’articuler son orientation éditoriale autour du vivant, dont le travail se ferait avec, met l’accent sur des types de techniques agricoles modernes et en accord avec son temps, seulement 6 ans après le changement du statut juridique en 2015 des animaux dans le code civil, passant de bien meuble (comme une chaise par exemple) à être vivant doué de sensibilité (un peu plus comme nous, comme vous qui êtes en train de lire ces lignes, par exemple).
Florence Lazar ouvrira le festival avec la projection de son documentaire Tu crois que la terre est chose morte (2019), une plongée dans les terres martiniquaises polluées par la chlordécone, où agriculteurs, herboristes, citoyens et citoyennes réinventent de nouvelles formes de lutte écologique.
Plus largement, une rétrospective de films traversant les genres et les époques et portée par l’historien du cinéma Federico Rossin abordera cette thématique sous des angles variés, permettant au public de découvrir certains films rares, tels que l’étonnant Safrana ou le droit à la parole (1978) de Sidney Sokhona — un des précurseurs du cinéma mauritanien— ou La Terre (1969) du cinéaste égyptien Youssef Chahine, présenté au festival de Cannes en 1970.
Des oeuvres plus récentes seront proposées, nous faisant voyager du Nordeste brésilien, sur les rives du fleuve São Francisco, où le travail des pêcheurs et pêcheuses est menacé par l’irrigation intensive des terres agricoles (Rio de vozes – Les Voix du fleuve, 2020, de Jean-Pierre Duret et Andrea Santana), jusqu’aux Cévennes, au plus près du travail de Nathalie, bergère, qui s’interroge sur son métier et la manière de le pratiquer (Nous la mangerons, c’est la moindre des choses, 2020, d’Elsa Maury). Parmi les séances jeune public, le magnifique Pompoko (1994) d’Isao Takahata fera le bonheur des petits comme des plus grands.
À noter, l’intervention de l’anthropologue Barbara Glowczewski qui, depuis les Warlpiri australiens jusqu’à la ZAD de Notre-Dame-des-Landes, viendra retracer le récit mondial des luttes et présenter, extraits de films à l’appui, son dernier livre paru en 2021 Réveiller les esprits de la terre.

François Justamente

Filmer le travail,
du vendredi 4 au dimanche 13 février, Poitiers (86).
filmerletravail.org