Au fil de ses pérégrinations, Olivier Brossard fait de son appareil photo le réceptacle de ses manières d’être au monde. Ce designer de profession puise dans son quotidien, et dans les replis parfois intimes de sa vie personnelle, la matière première de ses projets photographiques. 

Chez lui, toute image est liée à une narration. Mais celle-ci n’est jamais limpide ou univoque. Son écriture photographique navigue sur les territoires troubles de l’évocation et de l’errance poétique ou visuelle. 

Pour le projet intitulé « Abnormally Jade », il revient sur l’histoire d’une passion amoureuse vécue en Chine il y a quelques années. Une idylle brûlante, de celles qui révèlent des intensités inoubliables. Alors en déplacement professionnel, il partage son temps entre cette aventure, son travail et ses échanges sur Skype, la nuit, avec femme et enfants restés en France. Pris dans un dédale qu’il subit sans le comprendre tout à fait, épuisé et désorienté, il finit par se laisser rattraper par la force du cadre et revenir à son mariage français. 

De cette histoire, il présente une série de vues de Shanghai et de portraits de sa maîtresse par fragments de peau, de cou, de cheveux. On y lit la projection des désirs du photographe sur le corps exotique de son aimée. Accolées à ces tirages grand format, apparaissent en plus petit des vues d’écrans pixellisés réalisées au cours des conversations sur Skype avec la France alors que la connexion se brouillait d’interférences visuelles. Ces trouées dans l’image créent des relâchements et des suspensions. Elles évoquent des anti-portraits de famille, des présences spectrales, des photographies de l’absence. 

« Abnormally Jade », Olivier Brossard,
jusqu’au samedi 14 mars,
L’Ascenseur Végétal, Bordeaux (33).
www.ascenseurvegetal.com