FESTIVAL BIARRITZ AMÉRIQUE LATINE – Jean-Christophe Berjon, habitué du festival, remplace au pied levé Antoine Sebire en partance pour l’Amérique du Sud. Endossant avec enthousiasme le rôle de délégué général du FBAL, il n’hésite pas à interroger une manifestation jusqu’alors tournée vers les films d’auteur, en programmant films de genre et œuvres généreuses.
Propos recueillis par Henry Clemens

Y avait-il besoin de se réinventer après deux années chaotiques ?

Oui, mais c’est plus facile qu’à l’habitude dans la mesure où débarque une nouvelle personne pour travailler le contenu ! J’ajoute qu’un festival se réinvente en premier lieu par son contenu. La force de Biarritz, qui s’appuie sur des fidèles, c’est qu’il est thématique. L’événement nous permet, à nous passionnés de cultures latino-américaines, de rencontrer d’autres passionnés. Il émane de ce désir commun une électricité naturelle. J’ajoute que nous n’avons pas retrouvé les niveaux de fréquentation antérieurs à la crise.

Ce qui dessine quel type de festival ?

En 2022, nous naviguons à vue et il y a une prise de risque inhérente à cette situation, or, nous n’avons pas l’intention de faire profil bas, on veut que la fête soit belle. J’adore l’énergie folle qui se dégage par exemple de la Gare du Midi. Elle répondra parfaitement à une sélection de films plus généreux. Nous nous dégageons, un peu, d’une ligne promouvant des films d’auteur. Je me tourne vers du cinéma d’émotion. Le cinéma que nous proposons doit aussi être un moteur pour voyager en Amérique latine.

Kleber Mendonça Filho

Pouvez-vous lever le voile sur la programmation ?

Elle est en cours de finalisation, toutefois je peux annoncer que nous accueillerons Leonardo Padura, le grand auteur de polar cubain. Nous nous réjouissons encore de la présence de Kleber Mendonça Filho, un grand cinéaste brésilien, qui viendra non pas présenter ses œuvres mais sa sélection de films pour découvrir le cinéma brésilien. Carlos Diegues, membre du mouvement du Cinema Novo et grand maître du cinéma brésilien, sera également des nôtres. Tous ces artistes, c’est la force du festival, se prêteront de bonne grâce aux questions des spectateurs ! L’autre axe portera sur Cuba avec un film en compétition. Un film désespéré mais absolument pas désespérant, un film profondément humaniste qui parle du syndrome universel du nid vide… ce temps où les enfants quittent la maison. Nous nous autorisons quelques pas de côté, en présentant par exemple une comédie noire, un peu à la Tarantino. On y rit beaucoup du début à la fin du film. La structure du film, pas le profil habituel des films de festival, nous brinquebale, c’est une grande réussite. Je peux aussi évoquer un film mexicain ultra-féministe de genre – presque un film de zombies – qui pose la question : est-ce que l’épanouissement d’une femme passe par la maternité ? On s’autorise plus de choses !

Les salles de cinéma peuvent-elles bénéficier du succès des festivals ?

C’est vrai que le cinéma est à 70 % de taux de remplissage mais j’ajoute que ce sont les films d’auteur qui en souffrent parce que dans un même temps les blockbusters cartonnent. Le festival est une sorte de paquet-cadeau pour cinéphiles en tout genre dont je ne mesure pas s’il a une incidence sur la fréquentation des salles… s’il prévient le spectateur d’un retour devant sa plateforme de streaming une fois le festival terminé.

Que pouvons-nous vous souhaiter pour cette année ?

Bien entendu, faire venir le public, mais il s’agit presque d’un autre métier. Je désire surtout satisfaire celles et ceux qui viennent. Qu’ils comprennent ce qu’on a choisi, débattent et échangent pendant ces temps informels que seuls procurent des festivals comme celui de Biarritz !

Festival Biarritz Amérique Latine
Du lundi 26 septembre au dimanche 2 octobre, Biarritz (64)