AUGUSTIN COINTET

L’heureux directeur de Culturespaces Digital – structure gestionnaire qui a transformé la Base sous-marine bordelaise en immense site dédié aux arts numériques – savoure le succès de ses expositions.

Propos recueillis par Nathalie Troquereau

La définition d’art numérique est hybride. Peut-on vraiment appeler ça de l’art numérique dans la mesure où tout est tiré d’oeuvres classiques existantes ?

L’art vidéo a plusieurs définitions, l’art immersif et l’art numérique aussi. Mais il s’agit ici d’oeuvres numérisées avec des procédés digitaux : beaucoup de simulation 3D, de projection numérique, une ferme de graphistes, un an de préparation. Toutefois, on se concentre sur le créatif, pas la technique. Une exposition comme celle-ci, c’est 98 projecteurs, une cinquantaine d’enceintes, 25 media-servers qui coordonnent l’image.

Il y a peu d’informations sur Klimt et le détail des oeuvres, contrairement à une exposition « classique ». Le parti pris est spectaculaire, mais n’avez-vous pas peur que les visiteurs non-initiés soient frustrés ou désemparés à certains moments, faute de contenus explicatifs ?

Pas du tout. Le musée traditionnel fait appel à l’intellect en premier lieu. Ici, on convoque d’abord le sensoriel. L’approche proposée est plus spontanée. Et si ça crée un manque chez le visiteur, tant mieux. Nous sommes dans une démarche complémentaire et non concurrente des autres musées. Si en sortant, les gens ont envie d’aller au musée pour en savoir plus sur Klimt ou la peinture, ça veut dire qu’on a réussi.

Comment Culturespaces s’est-elle retrouvée à la tête de la Base sous-marine ?

Culturespaces existe depuis 30 ans. L’entreprise est née pour conseiller les musées qui souhaitaient valoriser leurs parcours. Depuis le début, notre marque de fabrique est de placer le visiteur au centre. On a beaucoup travaillé avec le musée Jacquemart-André à Paris, avec le Théâtre d’Orange et d’autres. Puis, nous avons commencé cette activité aux Baux-de-Provence avec les Carrières de Lumières. Nous choisissons toujours des bâtiments qui ont une identité forte, et nous avons eu un coup de foudre pour ce lieu grandiose. La mairie a lancé un appel à projets que nous avons remporté.

Le public de vos expositions est-il différent de celui qui fréquente les musées traditionnels ?

Nous avons beaucoup de jeunes et recevons un public qui n’est pas forcément assidu aux musées. En fait, les deux-tiers n’ont jamais mis les pieds au musée. Nous sommes aussi une fondation dont la mission est de permettre l’accès à l’art aux enfants défavorisés, autistes, malades. Nous travaillons en partenariat avec l’Éducation nationale. Nous allons dans les écoles faire de la médiation sur les oeuvres et les artistes en amont de l’exposition.

Vous avez ouvert trois lieux en cinq ans, allez-vous garder ce rythme ? Quels sont les prochains projets ?

Nous en avons plusieurs. Il y aura certainement un beau projet à Manhattan. Ce sera dans une ancienne banque du xixe siècle, un de ces immenses bâtiments avec de grandes colonnes de marbre. Il y aura aussi un projet à Dubaï…

« Gustav Klimt, d’or et de couleurs »,
« Paul Klee, peindre la musique »,

jusqu’au 3 janvier 2021,
Base sous-marine, Bordeaux (33).
www.bassins-lumieres.com