FÁBIO LOPEZ

Avec la création de sa compagnie de danse néo-classique Illicite Bayonne en 2015, l’ex-danseur chez Malandain, passé par Béjart, a fait preuve d’audace. Portrait d’une petite structure qui rayonne de plus en plus. À voir au festival Cadences d’Arcachon le 26 septembre.

Le choix de créer un ballet, qui plus est dans une région un peu enclavée, et pour ne
rien arranger, à proximité d’un gros CCN – le Malandain Ballet Biarritz –, voilà autant de raisons qui auraient dû contraindre Fábio Lopez à renoncer à monter sa propre compagnie de danse néo-classique. Et pourtant, en 2015, il l’a fait ! À Bayonne. De là à conclure que Fábio Lopez est fou… L’intéressé de rire : « On me le dit souvent ! Et je suis d’accord, mais je l’ai fait au bon âge, 29 ans. J’avais de l’énergie et du soutien. Dix ans plus tard, je ne l’aurais pas fait. » Fábio Lopez est né à Lisbonne en 1986. À 11 ans, il intègre le Conservatoire national de danse du Portugal pour échapper à la carte scolaire.

« Pendant longtemps, j’ai vu l’entraînement du matin juste comme du sport un peu plus organisé musicalement. » Il est formé à la technique russe Vaganova. À 17 ans, le jeune danseur voit L’Oiseau de feu de Béjart. C’est un choc. Avec La Belle au bois dormant, ballet de 3 heures, il avait compris l’engagement physique des danseurs ; là, il découvre que le garçon peut être plus qu’un faire-valoir de la ballerine : « J’étais fasciné par le danseur mis au centre de la pièce. »
Après ses huit années d’apprentissage, il intègre l’école-atelier Rudra Béjart, à Lausanne, et danse avec le Béjart Ballet Lausanne Le Boléro, Le Sacre du printemps, etc., aux côtés de grands danseurs comme Barychnikov. Il participe notamment à la création de Zarathoustra et présente même une chorégraphie de son cru au Maître. « Il m’a complètement massacré ! [Rires] Puis, devant un thé, en tête-à-tête, il m’a expliqué pourquoi et m’a donné ma plus grosse leçon : “Tu ne fais pas une chorégraphie pour toi, tu la fais pour les autres.” D’où l’idée qu’il faut prendre les défauts de chacun et les transformer en force. »

Fábio Lopez©Vincent Brisson

« Avant de créer, il faisait un discours sur sa vision chorégraphique. Il avait un style intellectuel. L’entendre simplement parler, c’était fascinant ! Ses ballets abordaient tellement de thèmes différents : écologie, derviches tourneurs… De tout on peut faire un ballet. Il pouvait être très novateur, ou très classique, avec des pas de deux d’une grande pureté, dansés en académique blanc. Lorsqu’on sort d’un conservatoire, on voit soit du classique, soit l’exact contraire, du Galili ou du Naharin. Avec Béjart, mais aussi Kylián, Forsythe ou Roland Petit, on est dans le néo- classique, un monde à part ! Et ça faisait du bien de découvrir une autre approche du classique ! » 2006, Fábio Lopez intègre le Ballet Malandain qui comptait seulement 16 danseurs contre 22 aujourd’hui. « Thierry, c’est le respect de l’histoire, la tradition. J’ai toujours aimé ça. Et aussi l’exigence avec soi-même. Il ne se donne pas le choix de rater. Et on savait que l’on était aussi là pour défendre l’avenir d’une compagnie. » Une hernie discale non opérable le contraint à arrêter sa carrière de danseur. Illicite naît en 2015. On lui dit que « ça ne marchera jamais ». Mais c’était peut-être le meilleur stimulant. « Je n’aime pas que l’on me dise ce genre de choses. Il y a aussi un reniement du style néo-classique assez affolant ; et toujours cette guéguerre post- 1968 complètement dépassée où ce langage est vu comme élitiste, ringard, etc. C’est presque devenu interdit d’en faire ! » L’audace lui réussit : depuis 6 ans, la compagnie vit, grandit et compte des soutiens, notamment la Ville de Bayonne, depuis 2018, où elle a un magnifique studio de répétition, créé spécialement pour elle.

Illicite compte 7 danseurs de différentes nationalités, 4 filles (qui font des pointes) et 3 garçons. Elle s’enrichit de supplémentaires au gré des besoins via des conventions signées avec les conservatoires de Paris et Lyon. On y danse les créations de Fábio Lopez, qui chérit les portés très athlétiques virevoltant à bout de bras et la technicité des pas de deux ; et des reprises de chorégraphes, 12 actuellement.

Et pas des moindres. Avec deux invités très attendus, Hans van Manen en 2022 et Nacho Duato en 2023.
« Je suis très attaché à l’idée de remonter des ballets. Nous ne reprenons pas forcément la pièce la plus emblématique d’un chorégraphe, mais celle qu’il a envie de revoir sur scène. Parfois, une pièce n’a pas eu de succès parce que ce n’était pas le bon moment. »

Le travail avec d’autres chorégraphes est bénéfique pour les danseurs. « Changer de registre les fait évoluer. C’est ce que j’aime dans la notion de ballet de répertoire, l’idée que l’on se nourrit les uns les autres. Et c’est moins ennuyeux que de toujours travailler avec la même personne [Rires]. En plus, cela me donne du temps pour penser ma prochaine création. » Aujourd’hui, Illicite rayonne de plus en plus. Résultat d’une exigence de qualité non dépourvue d’ambition : « Qui sait, elle sera peut- être un ballet national un jour ? », se prend-il à rêver l’œil pétillant.

Sandrine Chatelier

Cadences,
du mercredi 22 au dimanche 26 septembre, Arcachon (33).
Crying After Midnight (Fábio Lopez), Faune (Vasco Wellenkamp) et
extraits de≈Uprise de Miguel Ramalho, Cie Illicite Fábio Lopez,
dimanche 26 septembre, 15h45,
Théâtre de la Mer, Arcachon (33). www.arcachon.com