Le 7 décembre, Alain Rousset, président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine, inaugurait la maquette de la cathédrale Notre-Dame de Paris au lycée des métiers du bâtiment de Felletin dans la Creuse. Au-delà du symbole, un engagement fort et la première étape d’une école régionale du patrimoine.

Du 15 au 16 avril 2019, 15 heures durant, un incendie sans commune mesure ravageait l’un de joyaux parisiens mondialement connus. Le sinistre se déclarait à l’intérieur de la charpente. Prenant de l’ampleur, les flammes détruisaient intégralement la flèche, les toitures de la nef et du transept et sa charpente. En s’effondrant, la flèche provoquait l’écroulement de la voûte et celle d’une travée de la nef. Jamais la cathédrale Notre-Dame de Paris n’avait connu pareil outrage.


©Jean-Michel Varlope

Ému comme tout le pays, le président du Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine impulsait aussitôt une initiative d’ampleur : réaliser une maquette monumentale de la charpente réduite en cendres. Soit une reproduction à l’échelle 1/10 (14 mètres de hauteur, 10 mètres de longueur, 4 mètres de largeur). Reproduction de surcroît à l’identique d’un ouvrage vieux de 800 ans dans le respect scrupuleux des techniques ancestrales.

Une telle dynamique a rassemblé acteurs de la formation, de la recherche et les professionnels des métiers d’art, du patrimoine, du bâtiment, du bois et de la forêt, dont le campus des métiers et qualifications Forêt-Bois de la Nouvelle-Aquitaine de Saint-Paul-lès-Dax et celui en construction durable et en éco-réhabilitation de Felletin.

L’objectif ? Montrer l’architecture remarquable de l’édifice mais aussi le savoir-faire régional puisque, outre la reproduction simplifiée de la charpente réalisée à l’échelle 1/10, une travée grandeur nature de sa charpente a été réalisée à partir de bois de Nouvelle-Aquitaine.

Dans le détail, ce sont les élèves du lycée des métiers du bâtiment de Felletin (23) qui ont réalisé les supports maçonnés des deux ouvrages. La maquette, elle, a été conçue et fabriquée par le lycée Haroun-Tazieff de Saint-Paul-lès-Dax (40) et installée par les élèves de BTS Systèmes constructifs bois et habitat du LMB de Felletin (23). La couverture en zinc a été réalisée par le centre de formation de la Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment de Panazol (87).

La travée a été taillée par plusieurs établissements – l’association ouvrière des Compagnons du devoir et du tour de France de Chancelade (24) ; le Greta Saint-Maixant-l’École (79) ; le lycée polyvalent Cantau d’Anglet (64) ; l’université de Bordeaux (33) ; le LMB de Felletin (23) – puis finalisée dans les locaux de la Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment d’Agen (47).

« L’idée symbolise l’initiative d’un pouvoir décentralisé capable de mobiliser toute une chaîne de compétences, celle de la filière bois néo-aquitaine, évidemment, mais aussi élèves et enseignants. »

« L’idée a germé le soir même de l’incendie. Elle symbolise l’initiative d’un pouvoir décentralisé capable de mobiliser toute une chaîne de compétences, celle de la filière bois néo-aquitaine, évidemment, mais aussi élèves et enseignants. Désormais, il faut penser à la deuxième étape : remonter à Paris comme jadis les maçons de la Creuse ! »

Convoquer ici l’histoire n’est certainement pas le fruit du hasard. Outre la riche « filière » locale, née au XIXe siècle, « Felletin est une âme et une histoire dans la construction en France ».

« Felletin est une âme et une histoire dans la construction en France. »

S’il est encore hasardeux de connaître l’issue pour la reconstruction du monument, une chose est certaine : avec une enveloppe de 46 M€, Alain Rousset souhaite qu’au-delà de sa nécessaire réhabilitation, l’établissement creusois, qui a ouvert ses portes en 1911, devienne l’école régionale du patrimoine !

Une école voulue comme une mise en réseau des lycées, écoles, universités et instituts de formation initiale, des structures de formation et qualification professionnelle, et des entreprises et des filières. La priorité sera donnée à l’emploi de matériaux et de techniques éco-responsables et respectueuses de l’environnement, conformément aux engagements Néo Terre de la Région Nouvelle-Aquitaine. Par ailleurs l’offre de la formation initiale de Nouvelle-Aquitaine est complète dans les domaines clés pour la restauration dans les secteurs du bâtiment et du patrimoine, des métiers de l’artisanat du bois, de l’ébénisterie, de la charpente ; des métiers de la conception et de la construction ; de la sylviculture et de l’exploitation forestière. Une offre se développant depuis les diplômes de niveau CAP, bac professionnel, IUT, BTS, jusqu’au niveau ingénieur.

À terme, le LMB de Felletin devrait s’affirmer comme un éco-campus de référence pour la rénovation du patrimoine. L’objectif est de faire de cet établissement, labellisé campus des métiers et des qualifications « construction durable et éco-réhabilitation », une référence en matière de formation pour la rénovation du patrimoine, intégrant l’usage du BIM (Building Information Modeling).

La future école régionale du patrimoine peut d’ores et déjà s’enorgueillir d’avoir reçu le label « Talents et Territoires de Nouvelle-Aquitaine » décerné par le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine.

Cette labellisation, qui a déjà distingué l’Aérocampus de Lastrene, le projet « Ferrocampus® » de Saintes, le projet de campus « Silver économie, professionnels connectés, soutien à l’autonomie », le campus des métiers et des qualifications d’excellence « Maintenance en environnement sensible », devrait être complétée d’ici la fin de l’année par deux autres campus : un sur le développement durable en zone littorale, l’autre sur le numérique éducatif pour la formation professionnelle.

Dernier point et non des moindres, l’exposition de ce chef-d’œuvre restera au LMB de Felletin de façon permanente et sera mise en valeur par une scénographie dès janvier 2021.

Lycée des métiers du bâtiment de Felletin
Route d’Aubusson
23500 Felletin
www.lmb-felletin.fr