COUP DE CHAUFFE

« 26.0 », le titre sonne comme un énième hybride festivalier numérique. Pourtant, rien de tout ça. La 26e édition du festival des arts de la rue de Cognac a bien lieu. Étirée, bouleversée, repensée. Osera-t-on, réinventée ?

D’ordinaire, Coup de Chauffe rassemble 25 000 personnes dans les rues de Cognac au sortir de l’été, réunies pendant deux jours autour d’une vingtaine de compagnies de rue. Mais voilà, le vent du coronavirus a soufflé et bousculé l’ordinaire, quitte à le « dépayser » – dixit le sous-titre de cette 26e édition, pas du tout comme les autres.
Temps allongé, formes moins spectaculaires, présences artistiques quotidiennes, propositions plus intimes, évolutives, occupation du Jardin public, etc. Stéphane Jouan, directeur de l’Avant-Scène, a repensé le festival 2020 de fond en comble. Et ce ne fut pas forcément chose évidente. « Je ne voulais pas annuler Coup de Chauffe, mais tirer parti de sa plasticité, propre aux formes de la rue. Je n’avais pas non plus envie de me contraindre aux protocoles sanitaires qui feraient perdre le sens de ces événements dans l’espace public : contrôler les billets, veiller aux jauges, privilégier les espaces clos. On a aussi tenté de résister à l’attraction de l’habitude. Alors, on s’est déprogrammé, en inventant une nouvelle ligne : s’étaler sur dix jours, supprimer la billetterie et ne faire aucun spectacle ! » Radical ? Oui, même si Stéphane Jouan force le trait. Des formes spectaculaires, il y en aura un peu, ne serait-ce que cette parade finale, Balade extraordinaire pour 25 artistes, orchestrée par Blaise Merlin.
Une certaine manière conventionnelle de faire festival de rue, avec spectacles à horaires fixes et grands rassemblements sur un même lieu, a donc été balayée. Non sans exciter le directeur du théâtre l’Avant-Scène, qui y voit la possibilité de contourner une tendance festivalière à l’hyper-offre. « Les artistes sont devenus curateurs et proposent une forme dans un contexte particulier. On a bâti un autre type de relation, où ce sont les artistes qui vont aller chercher les gens plutôt que le public qui se rassemble pour les voir. »
Certains des artistes pressentis ont gardé leur proposition (Yan Duyvendak avec son jeu collectif Invisible), d’autres ont préféré s’abstenir. Enfin, de nouveaux ont été invités. C’est le cas de Thomas Ferrand, metteur en scène passé aux plantes sauvages, nouvelle coqueluche des théâtres et festivals, qui repense le rapport au vivant, à l’environnement et à l’art (il était l’invité du mini-Chahuts à Bordeaux, sera l’artiste associé du TAP à Poitiers). Présent presque tous les jours à Cognac, il proposera des balades botaniques, des pique-niques, des lectures, des impromptus poétiques. D’autres ont révisé leur copie, telle La Fabrique Fastidieuse, qui étire sa rave party immersive en une séance de danse collective de dix heures. La 2b company de François Gremaud tiendra chaque soir sa délicieuse Conférence de choses, dans le cloître de la bibliothèque et la compagnie L’Unanime donnera sa version du romantisme quotidiennement au jardin. Et puis il y aura la lune à contempler, Museum of the Moon, de Luke Jerram, les apparitions sur les murs de la ville de La Folie Kilomètre ou les siestes musicales de DJ Wholdo.
Et le public dans tout ça ? Impossible de prévoir s’il sera ou pas au rendez-vous – tout est gratuit ! Mais pas question de l’oublier. Stéphane Jouan sait trop bien la magie des grands rassemblements et des rituels des festivals de rue comme Coup de Chauffe. « C’est une vraie attente. On va y répondre, mais différemment. »

Stéphanie Pichon

Festival Coup de Chauffe 26.0 – De retour sur terre,
du samedi 5 au dimanche 13 septembre, Cognac (16).
www.avantscene.com