LE FESTIVAL DE LA RUCHE #2 – Catherine Marnas, directrice du Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine, souhaite, le temps de ce festival d’un nouveau genre, effacer les frontières entre plateau et coulisses. Soit un procédé qui nous assoit aux premières loges, histoire de dialoguer avec metteuses et metteurs en scène, acteurs et actrices. Elle revient sur les huit projets artistiques comme sur ce qui prévalait à la création de cette édition du 19 au 21 mai. 
Propos recueillis par Henry “Die Biene” Clemens

Comment est né ce festival ?

D’une réflexion. La spécificité d’un CDN, c’est d’être un centre de création. Il y a beaucoup de gens qui y travaillent – comme dans une ruche – et je trouvais dommage que le public ne voit pas toute cette effervescence, ces gens qui se croisent indépendamment d’un résultat fini, qui est le spectacle tel qu’on le présente. Nous voulons ouvrir les portes du théâtre comme le ferait un artiste peintre.

CATHERINE MARNAS © Frédéric Desmesure
CATHERINE MARNAS © Frédéric Desmesure

Comment montre-t-on des cerveaux en ébullition ? N’est-ce pas une mission impossible ?

(Rire) Oui, sauf que nous avons la chance d’avoir des cerveaux très vite en action et en parole. On réfléchit en faisant, contrairement à un écrivain par exemple. Au théâtre, nous cherchons en essayant. Il est à ce propos assez drôle qu’en amont, en France, nous nommions « répétitions » ce qui n’en est pas, alors qu’on ne répète rien et que dans les pays hispanophones on appelle cela des essais. Là nous allons essayer… devant des gens.

Le festival de la ruche, c’est montrer le travail en train de se faire ?

Oui, mais on ne veut pas que cela soit un show case ! Nous montrerons des tentatives dont nous ne savons pas ce qu’elles donneront. Jules Sagot, qui est un ancien élève, dans Les Frères Sagot veut faire un spectacle avec son frère autiste ; il ne sait pas ce qu’il en fera plus tard. Il a envie d’essayer comme il l’aurait fait chez nous dans la gratuité d’un travail de recherche. Le festival permet cette gratuité-là. De même que j’aurais de toute façon fait le Rouge et le Noir / Traversée. Nous présentons une étape de la création et ça n’est pas dans le but de la vendre.

Comment imaginez-vous ce moment ?

tnba © Pierre Planchenault dec 2020

Il va faire beau en mai, nous pourrons alors profiter du côté festif que présente cette place devant le TnBA qui selon moi, soyons un peu présomptueux, présente avec ses platanes des similitudes avec Avignon ! Je souhaite que les gens viennent butiner d’un spectacle à l’autre, que ce soit un moment joyeux. J’ai beaucoup affirmé que penser est un acte joyeux, que le spectacle est quelque chose de joyeux, quels que soient les thèmes abordés. Je souhaite que cela soit un long week-end de gourmandise !

Parlez-nous des huit projets.

J’ai déjà parlé de Jules Sagot, qui fait partie du collectif Les Bâtards Dorés. Il a écrit un texte pour son frère, ils seront tous les deux sur le plateau. Il y a Claire Théodoly, qui reprendra un texte de Heiner Müller qu’on ne joue plus beaucoup, alors que son écriture est très forte. Sandrine Hutinet, qui travaille en voisine au conservatoire, a obtenu les droits d’un texte de Kai Henzel, À quel type de drogue je corresponds ?, joué par Bénédicte Simon, qui est une de nos compagnonnes. C’est absolument fou-fou. Franck Manzoni, lui aussi compagnon du TnBA, fera une conférence surprise en lien avec sa prochaine création Le Grand Vide, qui ne sera ni une répétition, ni une ébauche. Il a invité des spécialistes du cerveau… Motel est une proposition d’élèves sortis de la promotion 4 de l’éstba.

Ils avaient déjà fait pour l’anniversaire de l’école une forme en lien avec un hommage cinématographique (Bodega Bay). Ils poursuivront leur recherche sur un film d’Hitchcock. Concernant Le Rouge et le Noir / Traversée, ça sera pour moi un vrai test dans la mesure où ce roman énorme aborde un nombre incroyable de thèmes. Je tente de voir ce que donne une adaptation dans laquelle on peut résumer des parties sautées sans en faire un digest asséché ! Pop corn Protocole est une forme dansée, avec deux artistes qui se sont installés dans la région : Annabelle Chambon et Cédric Charron. C’est un projet à l’état de recherche qui verra le jour la saison prochaine. Brisby (blasphème !) est une coproduction mise en scène et interprétée par Julie Papin de la compagnie Le chant de la louve. Elle y campera une vingtaine de personnages, c’est soutenu et éclectique !

«Je souhaite que les gens viennent butiner d’un spectacle à l’autre, que ce soit un moment joyeux. »

Comptez-vous capter de nouveaux publics ?

Ce festival peut être une formule plus attirante pour des gens qui seraient un peu intimidés par la forme définitive d’un spectacle.

Comment une actrice ou un acteur appréhende-t-il ce type d’exercice ?
On veut souvent déjà montrer le meilleur, de telle sorte que les spectateurs peuvent prendre ça pour une forme aboutie. La grande leçon et le point commun de toutes ces huit formes, c’est le partage avec le public, le fait de les rendre complices de la chose en train de se faire.

Dans quelle disposition doit être le public ?

Il doit être curieux. Je dis cela parce qu’on a remarqué une certaine frilosité depuis la pandémie. Le public, quand il sort de chez lui, veut vraiment être sûr que ce qu’il va voir a du succès. Cette formule propose de la complicité, des échanges qui doivent aussi permettre aux spectateurs de dire qu’une pièce, un procédé ne fonctionne pas !

Festival de la ruche #2
Du jeudi 19 au samedi 21 mai, TnBA, Bordeaux (33)
www.tnba.org