MAISON MARIA CASARÈS – Ici le temps est long, le ciel et bleu et il y a, comme dans la chanson, des amoureux. Amoureux du théâtre, de la verdoyante campagne au bord de la rivière, du domaine de La Vergne ou de l’une des grandes artistes du siècle… Qu’importent l’âge que l’on a et l’objet désiré : il est à trouver ou retrouver au Festival d’été de la Maison, à Alloue, en Charente.

On aurait tort de se priver du Festival d’été organisé au bord de la rivière Charente, dans le magnifique parc du domaine de La Vergne rénové, car ce qui y est à découvrir est plus que du spectacle. C’est une expérience sensible, joyeuse et populaire au sens que lui donnait Jean Vilar : une fête.

On n’est pas bien là ?

L’aventure a d’autant plus de saveur qu’elle est partagée : si Alloue n’a rien des grands rassemblements d’été où surconsommation rime avec pognon, c’est un endroit où la convivialité est érigée en valeur suprême. Ici, à deux heures de Bordeaux, une heure de Limoges et d’Angoulême, se trouve un havre de verdure et de chaleur humaine. On peut y aller juste pour pêcher mais ce serait dommage parce que Johanna Silberstein et Matthieu Roy, qui dirigent depuis 2016 la Maison Maria Casarès et Veilleur®, ont concocté cette année encore un programme aux petits oignons qui jouera les prolongations au-delà de la période estivale. Alors puisqu’on ne change pas une équipe qui gagne, revenons sur les fondamentaux essentiels : pendant 4 semaines, 4 propositions artistiques sont à découvrir en famille ; elles célèbrent l’amour, le théâtre, les veilles pierres qui gardent des secrets, et la nature.

Albert, Maria, Gérard et les autres

Casque sur les oreilles, on peut l’après-midi déambuler dans le parc en écoutant les lettres d’amour échangées entre Maria Casarès et son amant Albert Camus. On défie quiconque de ne pas avoir la chair de poule et le regret de ces correspondances intimes à côté desquelles nos SMS et émoticônes font pâle figure. À l’intérieur des murs de la maison, l’exposition immersive sur l’âge d’or du Théâtre national populaire met en avant la troupe mythique. Le duo en noir et blanc que forment Gérard Philippe et Maria Casarès reste glamour en diable.

Et au milieu coule une rivière

En milieu d’après-midi, les enfants partent au verger découvrir Jeunes rivières, une pièce commandée spécialement à l’auteur et metteur en scène Paul Francesconi pour s’insérer dans le paysage et créée in situ. Imaginez plutôt : une petite fille délurée sort de la rivière, juste sous les yeux d’un petit garçon reclus dans sa chambre. L’appel de la nature et de la liberté aura raison des murs qui l’enferment. Installé en Limousin, l’auteur réunionnais est connu pour déployer une écriture poétique et un univers onirique fait de contes et de légendes. Vient l’heure du goûter. Car le principe est toujours celui-ci : est associé au prix du billet un temps de convivialité. En résumé, qu’est-ce qu’on fait entre les spectacles ? On mange, pardi !

Ne me touche pas, tu pourrais m’émouvoir

On passe sans s’en rendre compte à l’apéro et Yannick Jaulin entre en scène. Le conteur multi-primé accompagné des accents lyriques vertigineux de la violoniste Morgane Houdemont (re-la chair de poule) joue Comme vider la mer avec une cuiller. Comme à son habitude, c’est hilarant et émouvant. Tour à tour incarnant Moïse, l’archange Gabriel ou la reine de Saba, passant sans transition aux anecdotes de sa coiffeuse Dalila (dont le fils s’appelle Samson), Jaulin triture les mythes fondateurs de nos religions modernes. C’est caustique et lumineux. Vous en reprendrez bien une deuxième, mais c’est déjà l’heure du dîner.

Cuisines et dépendances

Dans la cuisine on s’active ; le chef travaille les produits locaux et la récolte du potager pendant que les spectateurs assistent au Tartuffe de Molière. Mais pas la version en cinq actes que vous avez peut-être étudiée au collège. Celle en trois actes, censurée par l’Église. Le texte de ce Tartuffe ou l’Hypocrite a été perdu mais, à force de recherches, reconstitué. Dans cette version, il est moins question d’amour que de dévotion.

Qui va garder les enfants ?

La Maison Maria Casarès s’occupe de tout : pendant la représentation du Tartuffe, ils peuvent participer à un atelier et rejoindre les adultes pour partager le dîner sous les lampions. Résonnent alors toutes les voix de celles et ceux qui l’habitent, morts ou vivants. Et les mots de Jaulin : « La foi, c’est comme l’amour, ça ne dépend pas de vous. » 
Henriette Peplez

Festival d’été 2022
Du 25 juillet au 19 aout
Maison Maria Casarès, Alloue (16). mmcasares.fr