JÉRÔME ROUGER

Clown, humoriste, doux dingue, conférencier, chanteur, comédien… Il est tout ça à la fois et un peu plus même. Depuis la rentrée, il tourne à un rythme effréné et présente un peu partout son dernier né, En cas de péril imminent, one-man-show philosophico-poétique sur l’art et le rire.

L’agenda de la compagnie La Martingale ne désemplit pas depuis le déconfinement. Jérôme Rouger, son fondateur et pilier, tourne sans trop de pause depuis la réouverture des théâtres. Reports, créations et répertoire long comme le bras, le comédien jongle entre les spectacles : les anciens – Plaire, abécédaire de la séduction – Pourquoi les poules… et son petit dernier, En cas de péril imminent, interrogation philosophico-comique sur l’art et l’engagement dans un monde qui court à sa perte.
À cinquante ans, cet artiste inclassable, originaire de Bressuires, basé à Poitiers, affirme une identité singulière sur les scènes des théâtres publics et connaît un succès d’estime grandissant. Pour preuve, sa tournée de l’hiver 2022, d’autant plus impressionnante quand on sait que Jérôme Rouger joue tous ses spectacles seul. Depuis qu’il a quitté la rue en 2003, il privilégie les seuls en scène qui ne se prennent pas trop au sérieux tout en échappant au format stand-up. Les punchlines, très peu pour lui, dit-il. Il leur préfère les longues digressions, et une attention particulière au décor, au son, à la lumière et la scénographie. S’il module les thématiques de ses spectacles, ils reposent tous sur un même mélange d’ingrédients : une bonne part d’autobiographie – ses amis d’enfance sont devenus des présences familières –, des questionnements très personnels, un brin de sociologie, un art subtil de questionner le spectaculaire et les relations entre artistes et spectateurs et, surtout, une bonne dose d’absurde sans limite. Chant, voix, corps, danse et désormais jeux vidéo complètent ces propositions loufoques.

En cas de péril imminent ne déroge pas à la règle, où il mêle ses interrogations sur la réappropriation culturelle – délicieuse introduction –, l’utilité de l’art en période d’effondrement, le pouvoir du rire, les distorsions générationnelles, le jeu vidéo et les appels à projets du ministère de la Culture ; un de ses grands dadas depuis Bruno Delaroche. L’art change-t-il le monde ? Le rire est-il possible en toute circonstance ? Il y aura moult réponses au fil de l’heure et demie de spectacle, mais celle émanant du lointain futur d’où ses descendants le jugent est sans appel, disant en substance : « Cet ancêtre comédien humoriste ne peut être qu’un collabo du capitalisme, qui n’a rien fait d’autre que le clown pendant qu
le monde allait à sa perte. » Heureusement que l’humour de Germaine Tillon vient rétablir la balance…
Confus le propos ? Oui, et… non !
Un programmateur confiait : « Il est impossible de raconter un spectacle de Jérôme Rouger. » Et c’est vrai. Les tableaux successifs tanguent parfois. Le fil rouge semble toujours friable, mais tient par ses renversements improbables et ses changements d’énergie dans un décor de théâtre très contemporain – canapé, écran, plante, micros. Jérôme Rouger est à la fois monsieur Tout-le-monde et un être capable de tout. Le spectateur est séché, pris par surprise à chacun des nouveaux chapitres qu’il ouvre et emporté par le rire. Car, oui, on rit, on se bidonne même. Quand, déguisé en avatar dans un improbable jogging/costume rayé blanc et bleu, il se projette dans un labyrinthe de jeu vidéo poursuivi par Roselyne Bachelot et Franck Riester, c’est impayable.

Aujourd’hui, il assume le rire plus qu’à ses débuts, où il craignait le goût peu prononcé du théâtre public pour ce genre. Pour lui, le rire déclenche des émotions insoupçonnées, capte le public à des moments différents. Parmi les spectateurs ce soir-là, au Théâtre des Quatre Saisons, certains ont déjà vu ses précédents spectacles. Car le monsieur a du répertoire qu’il ne lâche pas facilement. Certaines pièces ont dix ans au compteur, et continuent de vivre « jusqu’à la mort du désir ». À Gradignan,
il présentait d’ailleurs deux soirs d’affilée sa création toute fraîche – six représentations depuis début décembre – et celle patinée par le temps de Plaire, abécédaire de la séduction. Cet hiver, il tournera aussi Pourquoi les poules… le plus comique de ses one-man-shows.
En somme, avec Rouger, les programmateurs peuvent piocher des spectacles « valeurs sûres », ou glisser vers la nouveauté. En février à Périgueux, il tentera aussi une forme en duo, Volteface, à l’invitation du clown Ludor Citrik, dont on ne doute pas qu’on y jouera des zygomatiques. Et pour revenir au Théâtre des Quatre Saisons, il donnera des visites sur mesure du théâtre « Visitez l’envers du décor », à la fin de la saison. Et on s’attend à tout.

Stéphanie Pichon

En cas de péril imminent,
du mardi 18 au jeudi 20 janvier, 20h30,
sauf le 20/01, à 19h30, Les Colonnes, Blanquefort (33). carrecolonnes.fr
vendredi 28 janvier, 20h30, Le Nouveau Théâtre, Les TroisT scène conventionnée de Châtellerault, Châtellerault (86).
www.3t-chatellerault.fr
mardi 8 février, 20h30, L’Odyssée, Périgueux (24).
www.odyssee-perigueux.fr
mardi 15 mars, 20h30, L’Avant-Scène, Cognac (16).
avantscene.com
mardi 22 mars, 20h, théâtre Michel Portal, scène nationale du Sud Aquitain, Bayonne (64). www.scenenationale.fr
mardi 29 mars, 20h30 et mercredi 30 mars, 19h30, La Coupe d’Or, Rochefort. www.theatre-coupedor.com

Plaire, abécédaire de la séduction, vendredi 21 janvier, 20h30,
Espace Simone Signoret, Cenon (33). www.cenon.fr

Pourquoi les poules préfèrent être élevées en batterie,
jeudi 10 mars, 20h30, théâtre Liburnia, Libourne (33).
www.theatreleliburnia.fr
jeudi 17 mars, 18h, Université – Amphithéâtre, Bayonne (64).
vendredi 18 mars, 20h, Chapiteau Harriet Baita, Saint-Jean-de-Luz (64). www.scenenationale.fr

Carte blanche et crue : Volteface,
avec Ludor Citrik, jeudi 10 février, 20h30, Le Palace, Périgueux (24).
www.odyssee-perigueux.fr