TRAÎNÉ SUR LE BITUME. Le cycle sélénite Lune noire propose enfin sur grand écran le troisième long métrage, inédit dans les salles françaises, de S. Craig Zahler. Dimanche 6 mars, à Bordeaux, dans la moiteur d’Utopia.

Romancier (Exécutions à Victory ; Dédale mortel ; Une assemblée de chacals ; Les Spectres de la terre brisée ; tous publiés aux éditions Gallmeister), nouvelliste, scénariste, directeur de la photographie, musicien d’obédience metal, S. Craig Zahler est entré dans la carrière, en 2015, avec l’hallucinant Bone Tomahawk, relecture du western à l’aune de l’horreur, où se distinguait l’immense Kurt Russell, à l’aise comme un poisson dans ces eaux troubles. Confirmation deux ans plus tard avec Section 99 (Brawl in Cell Block 99), thriller carcéral offrant à Vince Vaughn un sacré pas de côté.

Avec Traîné sur le bitume (Dragged Across Concrete, 2018), le natif de Miami, Floride, confirme sa position particulière dans l’industrie cinématographique américaine, héritier à la fois des marginaux sublimes 70s, William Friedkin en tête, mais aussi fin connoisseur du genre et des genres.

À Bulwark, deux policiers — Brett Ridgeman et Anthony Lurasetti — sont dénoncés pour leurs méthodes douteuses lorsqu’une vidéo est publiée à la suite d’une arrestation musclée. Suspendus pendant plusieurs semaines, sans salaire, au pied du mur, les coéquipiers basculent dans la criminalité après qu’un informateur les renseigne sur le butin d’un mafieux. Las, le duo se retrouve rapidement dépassé par les événements et tombe dans un inéluctable engrenage.

Film noir jusqu’au-boutiste et sans concession, Traîné sur le bitume offre à Mel Gibson une incroyable partition dans le registre du vieux flic acariâtre et confirme que Vince Vaughn ne saurait être réduit au mythique Wes Mantooth. Le casting fou convoque également Jennifer Carpenter, Don Johnson ou le légendaire Udo Kier dans un récit abrasif, où les digressions n’éludent en rien les éclats de violence ni l’implacable mécanique à l’œuvre.

Invisible, hormis en VOD sur les plateformes en ligne, car privé d’une sortie digne de ce nom alors qu’il avait été présenté (certes hors compétition) à la Mostra de Venise 2018, ce thriller crépusculaire à souhait mérite triomphe public et réhabilitation immédiate. De toute façon, un gars citant au rang de ses films préférés Le Grand Chantage, 2001, l’odyssée de l’espace, Délivrance, Un après-midi de chien et Taxi Driver impose le respect et sait toujours se montrer à la hauteur de son programme.
Marc A. Bertin

Lune noire : Traîné sur le bitume, dimanche 6 mars, 20h, cinéma Utopia Saint-Siméon, Bordeaux (33).
www.lunenoire.org
www.monoquini.net