MARQUIS DE TERME ET WINEGLOBE

Ces derniers temps, on a vu apparaître dans les chais bordelais quelques alternatives à la barrique. Effet de mode ou réels révélateurs de vins modernes, amphores, œufs en béton, globes en verre se fraient un chemin parmi barriques ou cuves sous les yeux parfois circonspects d’œnologues aguerris ! Dans le chai impeccable du Château Marquis de Terme, cru classé de Margaux, goûtons avec gourmandise les jus des différents contenants, parmi lesquels le Wineglobe, étrange apparition et dernier né de la Maison Paetzold.

Qui de l’œuf, de la barrique ou du Wineglobe ?
Un Médoc viticole nouveau voit peut-être le jour et surgit du chapeau – encore haut de forme – avec quelques velléités à se situer sur le front d’une certaine révolution vinicole. Château Marquis de Terme, que le grand public cantonne, et l’expression se veut noble, à sa dimension œnotouristique, s’est engagé avec un certain volontarisme dans la voie des expérimentations vinicoles.
Une aventure œnologique aux contenants multiples qui contribuent d’abord à ériger de grands vins, rappelant au passage, que nous avons bien à faire à un cru classé de Margaux plusieurs fois centenaire. Une fois rentré dans le chai, on sera rapidement amené à oublier la figure tutélaire du Marquis,
pour immédiatement s’étonner de la variété des contenants en ébullition et largement odorifères à cette époque du process de vinification.

Corbin©Michael Paetzold


Suivons Ludovic David, l’élégant patron du chai. Le maître des lieux est un rationnel pur sucre, parfois goguenard, mais toujours à l’écoute.
Il expérimente pour prendre des décisions et surtout s’érige en faux contre les idées romantico-journalistiques liées à l’élevage de vins en amphores, en globes de verre ou œufs en béton. Le voyage gustatif – invitation fut faite de goûter aux jeunes produits de chacun des contenants – sera pourtant des plus romantiques. Le 2021, peu acide mais franchement prometteur, – d’aucuns parlent de qualité typiquement bordelaise pour ce millésime –, se frotte avec plus ou moins de bonheur aux contenants alignés dans le chai du Château Marquis de Terme. On aime la fine patine du bois et s’extasie devant la fraîcheur sans détour du Wineglobe.
À cet instant Ludovic David nous rappelle que l’œnologie patiente et minutieuse a fabriqué les grands vins de Bordeaux. Que dire du Wineglobe alors qui semble ériger en règle d’or le non-interventionnisme et qui importe dans le chai habituellement si secret la notion de transparence ? Que dire sinon que les breuvages cueillis dans cette sphère brillante comme un beau photophore géant procurent un plaisir immédiat… On se demande ce qui a conduit le vibrant chercheur Michael Paetzold à concevoir ces récipients en verre blanc dans un lieu marqué par le savoir-faire (cornaquant) de la tonnellerie ?

Une révolution copernicienne

Michael Paetzold, pâtre élégant flanqué de sa fille Marie, qui préside désormais aux destinées du globe, nous raconte ce qui a prévalu à cette invention : « Le Wineglobe a été conçu pour exprimer la pureté du raisin, respecter le terroir sans maquillage, sans intrant ». Point barre. Nous comprenons que les bons vignerons bataillent pour récolter un fruit sain, un raisin arrivé à bonne maturité, que ces mêmes vignerons doivent également se faire à l’idée qu’il faudra accepter de gommer un peu de cette pureté, de ce fruit au gré des élevages dans des contenants pas toujours parfaits. D’une manière convaincante, Marie garantit aujourd’hui aux vins des Wineglobe des expressions aussi pures que possible. Il y a pourtant quelque chose de contre-intuitif dans l’utilisation d’un contenant hermétique, mais, selon le gaillard, il y a également une forme d’évidence à utiliser le verre : « Il y a dix ans que je cherche un nouveau contenant, convaincu que la barrique a son rôle à jouer mais qu’on pouvait lui adjoindre un autre contenant. Un jour, je rencontre un Bourguignon, qui constate que les lots qui fermentent et sont élevés dans des dames- jeannes améliorent les vins en barriques ! »

Pour reproduire cette chose à plus grande échelle, il fallait autre chose que de bien trop fragiles dames-jeannes. La verrerie lourde viendra répondre aux attentes, aux techniques de fabrication très anciennes ! Michael élève son propre vin dans le premier Wineglobe et c’est une évidence ; il évoque un chemin de pureté, une lumière, une fraîcheur, une énergie. On s’oppose avec peine à l’homélie du bonhomme pourtant bientôt relayée par Stéphane Derenoncourt ou encore Annabelle Cruse du Château Corbin.

Au bout de six ans et après la mise en service de 700 globes, aucun accident n’est à déplorer. « Ce qui est contre-intuitif, concède-t-il, c’est l’utilisation de contenants hermétiques – sans consume1 et là, on rentre dans le monde de la réduction et de l’oxydation dans lesquels on a peu de savoir. C’est un domaine passionnant qui donnera lieu à d’autres travaux, expériences… » garantit-il souriant !

« Je me suis appuyé sur les expériences – empiriques – du Bourguignon. » Et ces dernières valident le mariage verre-vin. Bientôt les productions du Domaine de l’A, fourniront d’autres indications. En effet là-bas, rappelle Marie tout sourire, « nous aurons la possibilité de regarder les évolutions sur trois millésimes, en blanc et en rouge, pour des vins qui sont toujours en Wineglobe ». Le Wineglobe, qui s’efface devant le vin, nous propose de passer à un système héliocentrique dans lequel le vin est replacé au centre. En soi une vraie révolution copernicienne de chai.

Henry Clemens

1. Perte de vin ou d’alcool causée par l’évaporation à travers les parois des contenants (barriques, amphores, etc.)

Château Marquis de Terme
3, route de Rauzan
33460 Margaux-Cantenac
05 57 88 86 43 chateau-marquis-de-terme.com
Famille Paetzold
3700, avenue de Toulouse 33140 Cadaujac
05 57 83 85 83 www.wineglobe.fr