RENCONTRES DU CINÉMA LATINO-AMÉRICAIN. Du 16 au 22 mars, à Pessac, la 39eédition du festival aborde le thème de la « décolonialité ».

Décolonialité. Ce mot, qui fait encore figure de néologisme aujourd’hui, désigne la volonté du peuple latino-américain de s’émanciper de l’influence occidentale. Influence, qui malgré la décolonisation, demeure encore sous la forme d’une aliénation culturelle. 

« La notion de race, de genre, de classe, tout cela appartient à la pensée occidentale, explique Gloria Verges, co-présidente des Rencontres. Ces notions ont envahi l’Amérique latine, au détriment de la pensée indigène. Prenez ne serait-ce que le nom d’Amérique latine. Ce mot renvoie à la domination états-unienne et espagnole. À l’origine, la population autochtone avait un nom pour ce continent “Abya Yala”. En langue kuna, cela signifie “la terre pleine de maturité”. Et c’est cette appellation qu’aujourd’hui Colombiens, Brésiliens ou Panaméens revendiquent. » 

Prendre conscience de ce legs délétère, voilà l’enjeu de la 39e édition de la manifestation. La majorité des films, projetés au cinéma Jean Eustache, à Pessac, va dans ce sens. À commencer par Dentro da minha pele (À l’intérieur de ma peau). Ce documentaire brésilien de 2020 met en lien l’histoire du pays auriverde avec la façon dont institutions et individus perpétuent le racisme. Cette projection, qui lance la semaine du cinéma engagé, aura lieu en présence de la co-réalisatrice Val Gomes. 

L’extractivisme

« Au cours de cette semaine, nous proposons une réflexion sur l’histoire des peuples colonisés. À la lumière des faits historiques, surgit l’extractivisme, explique la co-présidente. Ce concept affirme que l’Occident est devenu le centre du Monde. Pour s’enrichir ou devenir plus forts, les colons ont réduit en esclavage, ont exterminé, ont extrait des matières premières. L’Espagne a soutiré des millions de tonnes d’or aux pays d’Amérique latine. Cela s’accompagne aussi d’une extraction de savoirs. Le tout afin d’extorquer de l’argent, des richesses matérielles et immatérielles. Dans une optique capitaliste, en résumé. » 

Waldo y Yamila at Payaniyeo
Waldo y Yamila at Payaniyeo

Cet extractivisme, c’est ce que montre Natalia Cano dans Gigantes, documentaire argentin de 2020 revisitant le voyage du comte Henry de La Vaulx en Patagonie, qui, lors de son expédition, a déniché le fils du cacique Liempichun et l’a emmené en France. Aujourd’hui, la communauté de Liempichun réclame la restitution des restes de l’ancêtre, rejoignant ainsi de nombreuses autres revendications qui mettent en défaut les musées européens. Une allégorie du pillage des œuvres d’art des Mapuches ; œuvres qui embellissent aujourd’hui le musée du Louvre, et dont le peuple indien implore la restitution.  

Face au réel

Casal do Putumayo (1909)
Casal do Putumayo (1909)

D’autres sujets sensibles au menu pour regarder la réalité droit dans les yeux : l’excision en Colombie chez les EmberáChamí — deuxième plus grand peuple indigène du pays —, sinistre héritage des colons catholiques espagnols (Un grito en el silencio de Priscila Padilla) ; le soutien de l’ex-président Alvaro Uribe aux narcotrafiquants (la série Matarife du journaliste et avocat Daniel Mendoza Real égrenant les relations entre l’élite financière colombienne, la classe politique, le narcotrafic et les paramilitaires) ; ou la déforestation de l’Amazonie (A ultima Floresta, de Luiz Bolognesi et Davi Kopenawa Yanomami).

Des tables rondes avec les réalisateurs jalonneront ces temps de réflexion sans oublier la sélection de courts métrages en lice pour le prix du jury lycéen. Enfin, le public est invité à donner son verdict sur chaque film visionné dans le cadre de la compétition des documentaires et des fictions. Celui qui recueille le plus d’étoiles remportera 1 000 euros à l’issue du festival. 
Chloé Maze

Rencontres du cinéma latino-américain, du mercredi 16 au mardi 22 mars, cinéma Jean Eustache, Pessac (33).
www.lesrencontreslatino.org

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