MORTELLE ADÈLE

Rare bande dessinée française de création récente pouvant rivaliser avec les best-sellers du manga, l’héroïne voit son phénoménal succès couronné dans une exposition “interactive” forcément…mortelle.

© Mr Tan, Miss Prickly ed Bayard

Sorte de Titeuf de la génération Z, Mortelle Adèle est l’héroïne badass chérie et incontournable des cours de récré. Déclinée sur de multiples supports, la riot girl revêche et anti-pimbêche essaime partout et, outre la bande dessinée, on peut la retrouver dans son propre magazine et dans de multiples produits dérivés.
Dans son dernier album, Show bizarre, elle pousse même la chansonnette sur un album CD concocté avec la star du genre Aldebert, en attendant de débarquer cette année en série animée.
Née dans l’esprit d’Antoine Dole, alors qu’il n’avait que 14 ans, l’héroïne arrogante et hargneuse est l’étendard d’un mauvais esprit assumé, qui ringardise l’humour policé et gentillet des habituelles séries jeunesse.
Dessinée au départ par Miss Prickly avant d’être reprise par Diane Le Feyer, la bande repose sur des gags brefs et sur les réflexions cinglantes de cette punkette en culotte courte, reine de la punchline cruelle pour ne pas dire sadique.
À l’exception de son pote fantôme Magnus, un être imaginaire guillotiné sous la Révolution, cette égocentrique prend un malin plaisir à malmener gaiement son entourage, réhabilitant au passage tous les bizarres et autres freaks du fond de la classe.

Fustigeant le bon goût et la norme, la rousse courroucée déploie sa philosophie de l’existence dans des recueils aux titres explicites : L’Enfer, c’est les autres, J’aime pas l’amour, Poussez-vous les moches. Armée d’un humour régressif et scato (qui désole évidemment les parents), Adèle envoie ainsi valdinguer l’innocence charmante des chères petites têtes blondes, mais nul doute que celles-ci se précipiteront vers cette exposition immersive à sa gloire. Alerte rousse en vue.

Nicolas Trespallé

À lire :
Mortelle Adèle, 18 tomes (et hors série), Bayard jeunesse

À voir :
« Mortelle Adèle, l’exposition interdite aux nazebroques »,
du jeudi 17 au dimanche 20 mars,
Chais Magelis, Angoulême (16).