ÉCLATS D’ÉMAIL JAZZ FESTIVAL À l’occasion de la nouvelle édition du rendez-vous limougeaud, entretien avec Jean‑Michel Leygonie, intarissable programmateur et créateur de cette manifestation.

Propos recueillis par Philippine Jackson

À 55 ans, Jean-Michel Leygonie a connu plusieurs vies dans le monde de la musique. Il a commencé très tôt, alors lycéen à Salon-de-Provence, où ce natif de Marseille a grandi, sur une radio libre et comme bénévole du festival de jazz local. Pratique, l’événement avait lieu dans son lycée, en été, juste après les épreuves du baccalauréat. Puis direction le Limousin où, de l’animation d’un foyer rural d’une commune de 150 habitants à l’organisation de concerts plus importants, allant jusqu’à des programmations estivales parrainées par Guy Laffite (qui est aussi à l’initiative des festivals de Marciac et de Ramatuelle), il trace sa voie dans le monde du jazz en région. Il devient alors chargé de mission pour les musiques actuelles à Limoges, fait un passage à Bordeaux pour participer à la mise en place de la délégation de service public du théâtre Barbey, alors en travaux avant sa mutation en Rock School. En 2002, il intègre la Fondation Laborie en Limousin en tant que programmateur jazz et baroque, avant de créer coup sur coup, 4 ans plus tard, le label Laborie Jazz (57 albums et 5 Victoires du jazz, dont une récente pour Anne Paceo, artsite de l’année 2019) et, à la demande de la mairie de Limoges, Éclats d’Émail Jazz Festival.
Comment présenter la manifestation ?
Le festival dure 11 jours. Nomade, il se déploie essentiellement dans Limoges intramuros, allant de salles de 30 places à l’Opéra qui en fait 1 400. La programmation est très ouverte esthétiquement : cette année on va du rap au gospel, de Sly Johnson à Coco Mamas, trio originaire du Mississippi signé chez Daptone Records, très apprécié des spécialistes en France depuis un an et qui devrait rencontrer un plus large public avec sa très belle tournée d’automne.
Quelles sont les têtes d’affiche cette année ?
Il s’agit forcément des artistes qui joueront à l’Opéra – notre plus grosse salle – à savoir Sly Johnson et les Coco Mamas en ouverture et clôture, mais aussi Brad Mehldau ou Dhafer Youssef. Il y aura aussi le suivi d’un coup de coeur déjà programmé l’an dernier et qui avait fait salle comble, le pianiste israélien Uriel Herman. Il viendra accompagné de son quartet, auquel s’ajoutent deux artistes, la chanteuse Daniel Krief et le joueur d’oud Aviv Bahar.
Avez-vous pour habitude de réinviter des artistes ?
C’est un travail que l’on mène au festival. Lorsqu’un artiste a vraiment séduit le public, on essaye toujours de l’inviter à nouveau dans les deux ans qui suivent à l’Opéra.
Au niveau des découvertes, qui invitez-vous cette année ?
Shirley Davis & The Silverbacks, une londonienne d’origine jamaïcaine qui possède un talent indéniable sur scène, avec une voix exceptionnelle rappelant Amy Winehouse et ce groove jamaïcain très urbain, une véritable show woman. Elle tourne avec un répertoire de reprises et ses quelques premières propres compositions et n’est pas encore beaucoup venue en France, hormis au festival de Cognac, il y a quelques années. Il y a aussi Leïla Martial, chanteuse française prodigieuse qui commence à avoir un nom sur la scène française et au-delà, et que l’on devrait retrouver aux Victoires de la musique l’année prochaine.
On retrouve également au programme des artistes locaux.
Nous mettons en avant Gaël Rouilhac, très bon compositeur limousin et guitariste, qui sera accompagné de l’accordéoniste sicilien Roberto Gervasi et de la violoniste lyonnaise Caroline Bugala. Nous enregistrerons un album avec lui à l’issue du festival. Nous accueillons aussi Atrisma, groupe de jazz progressif de Bordeaux, tout comme le Laure Sanchez Trio, un cocktail de jazz actuel, de swing, mais aussi de soul, de hip-hop et de chanson.
Comment ont été repérés les groupes bordelais de votre programmation « Nouveaux talents du jazz en région Nouvelle‑Aquitaine » ?
Il s’agit de formations révélées par le tremplin Action Jazz, qui se tient chaque année fin janvier au Rocher de Palmer. La prochaine édition sera la 8e. L’équipe d’Action Jazz fait un gros travail de découverte, et, avec la fusion des régions, s’ouvre sur le Poitou-Charentes et le Limousin. Tous les acteurs jazz de la région se sont mis d’accord pour reconnaître la démarche de l’association et la qualité de leur repérage de nouveaux talents.

Éclats d’Émail Jazz Festival,
du jeudi 14 au dimanche 24 novembre, Limoges (87).
www.eclatsdemail.com

À tester également, le concert du Sénégalais Mangane, à 6h45 – oui précisons, pas l’heure de l’apéro – samedi 16 novembre, dans le cloître des Franciscains, suivi d’un petit déjeuner convivial, histoire de vivre une journée inoubliable.