Théâtre Fémina – C’est un véritable bain de jouvence qu’ont pris Les Forains, ballet composé en 1945 par Henri Sauguet. Remixé, réactualisé, il offre aux spectateurs un mariage de genres et d’époques, du classique au hip-hop.

LES FORAINS ©Pierre Planchenault

Un bermuda à l’imprimé militaire et une fraise autour du cou, comme à la cour du roi Henri III. Ainsi sont attifés les danseurs du ballet Les Forains, présenté au Théâtre Fémina, à Bordeaux, du 18 au 22 décembre. Sur une musique originale signée Henri Sauguet, se mêlent les accents hip-hop du musicien Frank II Louise et l’audace chorégraphique d’Anthony Égéa.

Mélodies, rythmes, costumes, danses, mise en scène, tout est fait pour briser l’étau des conventions. Et comment mieux rendre hommage à ce ballet, né en 1945 à la Libération, qu’en lui offrant cette fois une « libération artistique » ? Qualifié de « ballet urbain », cette démonstration révèle la poésie de la rue, de son inspiration souillée par l’habitude et le manque de fantaisie. Huit saltimbanques entraînent le spectateur dans une errance fertile, évolutive, pleine de surprises.

Exit le temps, dixit le tempo

Les situations s’enchaînent avec vivacité ; anachroniques pour le plaisir de provoquer et de plaire. Les cordes s’éveillent, s’émeuvent un instant, puis sont happées par le synthétiseur, l’electro. La trompette est tantôt enjouée, tantôt ironique. Le chef d’orchestre fait penser à un DJ. Des sons de discothèque résonnent dans cette boîte à musique géante qu’est la scène.

« Ils ont troué la nuit d’un éclair de paillettes d’argent, ils vont tuer l’ennui pour un soir dans la tête des gens », chante Édith Piaf dans Le Chemin des forains. C’est en effet l’objectif que s’est fixé toute la troupe endiablée. Des bras surgissent de l’ombre. Un rideau de perles jamaïcaines ondule. Un sybarite bondit dans une veste blanche à plumes et un blue jean’s troué. Un duo se tient par la tête et la barbichette, telles deux statues hindoues. Un officier, comme descendu d’une étagère, rejoint une princesse que l’on imagine oscarisée. Des danseurs de hip-hop chauffent les planches, tournent comme des toupies.

Nul n’aurait prédit un tel destin à ce ballet ! Dans l’esprit du compositeur bordelais Sauguet, il s’agissait d’une œuvre éphémère. Pourquoi cette pensée ? Est-elle due au terme même de « forains », dont l’identité vagabonde envisage de fuyants lendemains ? Aujourd’hui, fardé des lumières et de la mode contemporaine, ce spectacle ne fait pas son âge.
Chloé Maze

Les Forains, ballet urbain, d’après Les Forains d’Henri Sauguet sur un argument de Boris Kochno, Cie Rêvolution, direction musicale : Philippe Forget, avec l’Orchestre de l’Opéra de Limoges,
Samedi 18 décembre, 20h30,
Dimanche 19 décembre, 18h,
Théâtre Fémina, Bordeaux (33).
www.theatrefemina.com/evenement/les-forains-ballet-urbain/