SALON DE LITTÉRATURE JEUNESSE

Du 11 au 13 mars, Arcachon accueille, au palais des Congrès, la 19e édition de la désormais première manifestation dédiée au genre en Nouvelle-Aquitaine.

Un voilier, la mer, un sous-bois de pins pour décor. De trois quarts, un lapin blanc accoudé à un arbre, un livre sous le bras. Sa pose douce et contemplative lui donnerait presque un air de parenté avec une toile de David Friedrich, en plus gai. D’autres y verraient sans doute le lapin d’Alice au pays des merveilles. Rien de tout cela. En réalité, c’est bien la silhouette de Jacominus Gainsborough qui se profile, sous le coup de crayon de l’illustratrice pour enfants Rebecca Dautremer. Et ce paysage devant lui, c’est ce que tout le monde appelle ici : le bassin d’Arcachon. « Quand on rencontre un auteur, un illustrateur, l’histoire prend tout son sens, selon Pauline Bissonnier, organisatrice de l’événement. J’ai la sensation que les enfants aiment toujours autant les livres. Pour cultiver ce goût, nous appuyons sur le côté affectif de l’objet, sa manipulation. On joue sur les émotions, sur le pouvoir des mots. »

Cette rencontre, aussi bien livresque que ludique, accueille près de 5 500 visiteurs en moyenne et une trentaine d’auteurs et d’illustrateurs. Cette année, elle compte bien rassembler de 0 à 18 ans, mais aussi les parents, autour du « pouvoir extraordinaire des mots ». « Les mots ont un impact. Ils peuvent être doux, ou forts. En les manipulant, à l’oral et à l’écrit, on en prend plus facilement conscience », confie Pauline Bissonnier. Une manipulation à travers des ateliers, « les chuchoteurs » par exemple, qui visent à améliorer l’apprentissage de la lecture à l’oral à l’aide d’un étrange téléphone. Le petit train touristique, lui, devient train de la lecture avec, notamment, une histoire spécialement écrite pour l’écrin majestueux de la Ville d’Hiver. Et, pour la partie écrite, il sera possible de bûcheronner des mots, en les coupant en deux pour en créer de nouveaux, à la façon d’un cadavre exquis en modèle réduit. À l’adresse des fans du pays du Soleil levant, des expositions et animations autour des mangas sont prévues comme l’atelier Chibi, où les 9-13 ans sont invités à créer leur « petit personnage ». « Les chibi sont à la fois mignons et démesurés. Ils sont tout petits, avec des yeux ronds, des cheveux colorés », commente Pauline Bissonnier. L’occasion de s’essayer aux pratiques particulières de cet art encadré par une spécialiste des dessins japonais.
« Raconter et écouter des histoires permet d’apprendre plus vite, de se plonger dans un monde que l’on crée.
Cela crée du lien avec l’autre. On échange sur une lecture commune, entre copains-copines. Une complicité peut naître d’un livre. »

Chloé Maze

Salon de littérature jeunesse, du vendredi 11 au dimanche 13 mars, palais des Congrès, Arcachon (33). www.arcachon.com

Comment raconte-t-on une histoire pour la jeunesse d’aujourd’hui ? Qu’est-ce qui est important dans la façon de raconter et de bien raconter ? Quelques réponses.

Jeanne Faivre d’Arcier,
autrice des Disparus du pont de pierre (Castelmore)
« Pour raconter une bonne histoire, il faut avoir gardé un enfant rebelle au fond de soi. Mes petits héros font les mêmes bêtises que moi au même âge. La sincérité est importante. L’authenticité aussi. On est dans le jeu et la transmission quand on écrit pour la jeunesse : le texte doit être drôle, piquant et enlevé ; et il faut que les enfants lisent sans effort, en s’amusant et en apprenant des choses presque à leur insu. L’écriture est toujours simple, fluide, le vocabulaire accessible, ce qui n’empêche pas qu’il soit précis et recherché. Écrire pour la jeunesse est un exercice délicat et très motivant. J’écris à la fois pour les adultes et pour les enfants. Et je trouve le second exercice parfois plus difficile que le premier. »

Philippe Arnaud,
auteur du Cirque des enfants perdus (Sarbacane)
« J’écris pour les ados et j’enseigne au lycée. Je suis souvent frappé par la volonté de beaucoup d’adultes de les protéger de toute exposition à des histoires violentes alors qu’une bonne partie de mes élèves a fait tourner des extraits de porno sur les smartphones dans la cour du collège à 11 ou 12 ans (sans parler de la violence qui imprègne le quotidien de beaucoup). Dans mon expérience, respecter ce public- là, c’est ne pas édulcorer les paroles et les actions, ni s’interdire des sujets difficiles – qu’il leur arrive de plébisciter en cours. C’est aussi refuser la complaisance.
En revanche, je n’écrirais pas un roman ado qui ne serait pas porteur de valeurs humanistes, et d’espoir dans le lendemain. C’est un public très particulier, fragile par certains aspects, blasé par d’autres, mais aussi ouvert sur le monde et souvent curieux. C’est une responsabilité d’écrire pour eux. J’essaie de dédramatiser, suggérer des solutions par la fiction. “Donner confiance en soi” serait bien prétentieux, mais c’est ce vers quoi je tends. »

Yaël Hassan,
autrice de Défi d’enfer (Bayard)
« Le jeune lecteur est plus exigeant que le lecteur adulte dans la mesure où, si on ne le séduit pas d’emblée, si nos premiers mots ne l’accrochent pas, il abandonnera la lecture proposée sans lui donner une seconde chance. À nous de faire en sorte de le captiver, de le séduire, d’éveiller sa curiosité, de le prendre par la main et le cœur. Notre rôle est essentiel puisqu’il dépend de nous d’en faire un lecteur adulte. Qui ne lit pas petit ne lira pas grand. »

Régis Lejonc,
illustrateur du Jardin du dedans- dehors (Les éditions des Éléphants)
« En tant qu’illustrateur travaillant avec des auteurs, l’histoire que je reçois éveille en moi tout un tas de souvenirs
et d’émotions souvent reliés à ma propre enfance. C’est ce fil ténu qui me permet d’être juste et sincère. Je dois donner des prises au lecteur pour qu’il puisse s’accrocher à ce qu’il lit. Mais pas trop non plus. Je ne veux surtout pas brider l’imaginaire qu’offre la lecture au travers des images mentales qu’elle provoque. C’est pour moi l’une des choses les plus importantes à accomplir quand j’illustre : partager mon point de vue avec le lecteur sans le lui imposer. Comme une vérité à laquelle il ne peut échapper. »