Joël Raffier

Le Cuisinier du dictateur n’est pas un livre remarquable pour son style, mais n’en demeure pas moins un témoignage rare sur l’élite nord-coréenne et sur son chef Kim Jong-il, entre 1988 et 2001. 

C’était interdit, mais le courageux Kenji Fujimoto, maître sushi japonais, tenait un journal. Après quelques pages de ce récit naïf (ou faussement naïf ?) richement illustré de photographies et de plans dignes d’un rapport d’espionnage, on ne s’étonne plus de rien. Les salles de banquet numérotées du palais tandis que 2 millions de Nord-Coréens sont décimés par la faim, les marchés partout dans le monde pour dégotter le meilleur afin de régaler le pire, les concours de libations à base de cognac et des caprices, beaucoup de caprices… 

Le boss est tellement seul que Kenji Fujimoto a parfois l’impression d’être son seul ami ou au moins le seul homme qui lui fasse un peu de bien dans ce monde inique. Alors, il l’emmène faire du jet-ski, du cheval, lui offre motos et voitures, le bichonnant comme un épagneul japonais. 

Contrairement à son peuple, Kim Jong-il n’aime pas les épices mais à peu près tout ce que lui mitonne le bon Kenji. Il se révèle même un adorateur d’un plat à base de poisson-chat qui fait pourtant reculer les gourmands du Soleil-Levant. 

On se doutait bien que cuisinier de dictateur n’était pas une sinécure. On ne savait pas que la bise au dictateur en manque d’amour était une sorte de rituel enfantin. Un bisou assorti de menaces. La vie auprès de Kim Jong-il, entre terreur et rétributions, sans surprise, ressemble à la vie d’un funambule borgne au dessus d’un bassin de crocodiles et par gros temps.

Le Cuisinier du dictateur — plongée secrète dans la Corée du Nord de Kim Jong-il, Kenji Fujimoto,  préface de Juliette Morillot, traduit par Stéphanie Nagai, Hugo & Cie, collection Hugo Doc.