CENTRE D’ART CONTEMPORAIN CHÂTEAU LESCOMBES L’œuvre gravée de Louttre.B est à l’honneur à Eysines dans une rétrospective qui couvre les années 1970 à 2010.

Les canards bleus

Louttre.B. Derrière ce nom un brin insolite et cocasse, se cache Marc-Antoine Bissière. À sa naissance, à Paris, en 1926, son père lui attribue d’emblée le surnom de « loutre » en lien avec sa tête ronde et ses yeux vifs qui lui évoquent le petit mammifère. Bien plus tard, le jeune homme transformera ce sobriquet enfantin en Louttre, puis lui associera la lettre B. Le B de Bissière, invoquant implicitement ainsi, sans l’appuyer, sa filiation paternelle à l’égard du renommé Roger Bissière, chef de file dans les années 1950 de l’art non-figuratif de la seconde École de Paris.

L’automne dernier, le musée des Beaux-Arts de Limoges consacrait à Louttre.B une grande exposition de son œuvre picturale. Ce printemps, cette fois-ci en Gironde, le centre d’art contemporain d’Eysines prend le relais dans un accrochage qui choisit de mettre à l’honneur un autre axe tout aussi significatif (bien que plus méconnu) du travail de cet artiste décédé en 2012 : la gravure. Au cours de sa vie, Louttre.B en réalisa plus de 3 000… C’est dire la place remarquable occupée par ce procédé. À l’image de ses créations picturales, les œuvres gravées de Louttre.B sont motivées par une même conduite : se renouveler et surprendre sans cesse pour garder intact le plaisir de faire.

En témoigne ce propos, tiré du catalogue paru à l’occasion de l’importante monographie que lui organisa le musée de Sens dans l’Yonne en 2003. « Il m’a semblé sans intérêt de faire de la gravure si je n’inventais pas une nouvelle technique ; et si, cette technique, je ne la faisais pas évoluer au cours des années. » La quête permanente du ravissement fugitif élabore ses félicités dans la gravure en taille-douce dont il dépasse les procédés, connus et pratiqués depuis le xve siècle, pour mettre au point une technique tout à fait originale.

Cette singularité embrasse la couleur et les dimensions habituellement associées au genre qu’il transcende dans des formats inédits avec des œuvres pouvant atteindre deux mètres de large sur trois mètres de long !

Présentées au rez-de chaussée du château Lescombes, les gravures monumentales précèdent une cinquantaine de pièces montrées à l’étage qui retracent l’évolution de sa pratique au cours des décennies. En guise de fil conducteur : cette prédilection immuable pour une représentation allusive et onirique de la nature qu’il réenchante autour des motifs inépuisables que sont l’arbre, la terre et le ciel. Anna Maisonneuve

« Les canards bleus seront beaux cet été », jusqu’au samedi 30 avril
Château Lescombes – centre d’art contemporain, Eysines (33)
www.eysines-culture.fr