En collaboration avec le réseau des Librairies indépendantes en Nouvelle-Aquitaine, JUNKPAGE part
chaque mois à la rencontre de celles et ceux qui font vivre le livre dans ce territoire.

Si les confinements successifs ont catalysé les aspirations de nombreux salariés à changer de vie, certains n’ont guère cogité des mois pour franchir le pas. Le parcours d’Emmanuel Larrieu ferait presque figure de cas d’école dans la catégorie « reconversion express » puisqu’il ne lui a pas fallu plus d’un an pour passer du cabinet d’expertise comptable à la création de sa librairie, L’Ex-libris, sise à Caudéran.

Après 22 ans la tête dans les déclarations, les textes juridiques et les chiffres, et face à une évolution du métier qui ne lui correspondait plus, ce quadragénaire affable a décidé de clôturer l’exercice et de dresser le bilan. À la grande question « Que faire maintenant ? », la réponse s’est vite imposée. Son goût de toujours pour la BD (option franco-belge et Fluide glacial) et son envie de créer un commerce de proximité convivial dans son quartier de coeur ont vite aidé au calcul : pourquoi ne pas créer une librairie BD-café ?

Sa formation s’est faite à distance « en 15 jours non-stop », suffisant néanmoins pour apprendre les bases techniques du métier, et appréhender les spécificités d’un commerce qu’il sait « atypique » en autorisant les retours d’invendus, les délais de paiement, la gestion des stocks, mais « tout ça me parlait » rassure l’ex-responsable en expertise comptable, toujours expert ès tableurs.

En revanche, nul stage pour se faire la main : Emmanuel Larrieu plonge direct dans le grand bain profitant de la libération inespérée d’un local qu’il guettait depuis des mois et où se trouvait l’ancienne Poste ; un emplacement stratégique « entre trois collèges » et une rue vivante animée par d’autres commerces. « Le loyer était exorbitant, mais en demandant un plan précis du lieu, j’ai pu constater que le montant était surévalué par rapport à la surface réelle. »

Malgré quelques impondérables – aléas de matières premières pour la construction des meubles et une fracture du bras en bonus juste avant Noël –, il a pu concrétiser son rêve en décembre dernier. La course d’obstacles est encore longue mais les signaux encourageants. « De nouveaux clients me découvrent jour après jour et quelques auteurs locaux de BD sont déjà passés me voir et sont partants pour une rencontre dédicace. Cela fait plaisir, j’en suis encore au moment où je dois faire mes preuves, c’est un encouragement. »

Avec 5 000 références dans son lumineux magasin de 100 m2, le nouveau libraire s’attache à offrir un panel large de la production actuelle, qui va au-delà de ses affinités personnelles. Porté par sa curiosité et les tendances du marché, son assortiment ménage une grande place au manga, à la BD jeunesse et à la BD de genre plus classique. Le roman graphique et les comics s’y faufilent aussi, même s’il concède se perdre dans les multiples ramifications des séries de Batman. Avec l’enthousiasme naïf du débutant, il éprouve déjà la part la plus frustrante du métier. « Je suis tout seul et je n’ai pas le temps de tout lire ! » se désole-t-il.

Avec plus de 5 000 sorties par an, il peut néanmoins compter sur le coup de pouce de ses deux enfants de 11 et 13 ans. « En BD jeunesse, ma fille anticipe bien les tendances ! », sourit-il. Et puis le samedi soir, il ne culpabilise plus d’avoir son sac chargé. Les BD ont remplacé les dossiers. « Je me dis, c’est chouette de ramener du boulot à la maison ! »

Nicolas Trespallé

L’Ex-libris
Librairie BD-café
203, avenue Louis-Barthou
33200 Bordeaux
Du mardi au vendredi, 10h-19h, et le samedi,
9h30-19h.
05 56 99 30 02
www.exlibris-bordeaux.fr
(en cours de construction)

LES RECOMMANDATIONS DU LIBRAIRE

Les Mantes religieuses de Bernard Swysen, Sophie Flamand et Christian Paty (éd. Soleil). « Pendant la guerre de Cent Ans, Louis XI est prisonnier et deux fausses religieuses sont chargées de le délivrer. C’est de l’historique complètement décalé, très drôle ; une histoire enlevée racontée dans l’esprit de Fluide glacial. »

Spirou, l’espoir malgré tout, d’Émile Bravo (Dupuis). « Voilà un auteur qui concilie tout ce que j’aime, l’Histoire et
la bande dessinée franco-belge classique. Émile Bravo a un dessin dans la tradition et s’appuie sur le personnage pour raconter avec finesse la période de la Seconde Guerre mondiale et de l’Occupation.
C’est un sujet lourd mais très bien abordé, une belle série qui compte à ce jour 3 tomes en attendant la conclusion à venir dans le tome 4.