DAVID SELOR

Mimil, le célèbre goupil peint par David Selor, est la vedette de l’exposition « Fragile », jusqu’au 27 mars, à l’Institut culturel Bernard Magrez, à Bordeaux.

David Selor, c’est cet homme qui porte toujours un masque, et qui a pourtant choisi la rue pour atelier. C’est cet artiste qui peint à la fois à découvert et ne veut pas se montrer. Pour comble du paroxysme, il a décidé d’exposer dans une galerie son personnage : Mimil. Mimil, l’imprenable renard à marinière, l’aventurier urbain, celui qui est tagué ou peint dans les quartiers pas très propres de Bordeaux. Pour la première fois, le goupil est capturé dans une série de tableaux. Des tableaux pour lesquels le peintre a dilué ses nuits blanches : « J’ai mis deux mois à préparer cette exposition. Deux mois où je n’ai pas dormi. Parfois, je peins jusqu’à tard, parce que je veux aller au bout, pousser un maximum. Et puis je peins mieux la nuit. D’autres fois, j’ai beau laisser mes pinceaux de côté, ça me prend la tête. Ça me prend la tête au point d’en perdre le sommeil. »
Rien d’étonnant à ce que cette exposition se nomme donc « Fragile ». Mais chez David Selor, l’adjectif a plusieurs sens. Fragile, Mimil, qui jusqu’à présent ne pouvait prétendre à une existence pérenne. Fragile, son monde à lui, où se dresse la silhouette rousse et longiligne, esseulée, dans des décors new-yorkais. Seuls quelques arbres fleurissent tout autour. Dans sa patte, un bouquet apporte une touche de vie, fragile comme un brin de muguet.
Une lumière violette, doucement fondue, offre une vision nostalgique de la scène. Elle renforce l’impression de solitude. Un thème que l’on retrouve chez Edward Hopper et Andrew Hem, deux peintres qu’il aime. Et dont le goût l’inspire. « Les personnages sont le plus suggestifs possible. J’essaie d’en raconter un peu mais pas trop. Pour que chacun puisse s’imaginer sa propre histoire. »

Un peu mais pas trop. Et si c’était ce dosage, le responsable d’une perpétuelle oscillation, d’une envie qui fuit l’ostensible ? Car si David Selor refuse de montrer une quelconque couleur politique, ses œuvres portent un message. Comme ici : « L’amour est enfant de beaux aimes », « Monde magnifake ». Simples jeux de mots ? Pas toujours. « Parfois, les messages font écho à ce que je pense. Parfois, aussi, c’est une phrase que j’entends alors que je suis en train de créer. Un jour justement, je peignais un fond bleu dans la rue. Et il y a quelqu’un qui m’a pris pour un peintre en bâtiment. Il est passé derrière moi, et il a dit : “Ah, mais c’est pas de l’art ça !” Puis il est parti. Du coup, j’ai peint par-dessus mon personnage et j’ai inscrit : “C’est pas de l’art ça !” »
L’art, pour Selor, c’est la liberté. Mais cette liberté est aussi fragile que son oeuvre. Elle se traduit par de nombreux points d’interrogation : « Comment est-ce que je vais m’y prendre pour cette toile ? Est-ce que je vais faire quelque chose qui me correspond ? Est-ce que ça va plaire ? »
Peut-être même plus que la liberté, c’est la libération qui est visée. « Peindre sur un mur, ça m’enlève un poids et je me sens mieux après. Je pensais que c’était le social qui allait m’apporter le plus de choses, mais en fait ça a été l’art. »

Chloé Maze

« Fragile », David Selor,
jusqu’au dimanche 27 mars 2022,
Institut culturel Bernard Magrez, Bordeaux (33).
www.institut-bernard-magrez.com
www.selor-art.fr