Eugène. Ils doivent être plusieurs en France à avoir un grandpère prénommé Eugène. Jean-Michel Espitallier en a un en tout cas. Il ne l’a jamais connu, cet Eugène, et, pourtant, sa légende ressurgit. Une légende dont on ne parle pas. Alors Espitallier l’imprime : Eugène était cow-boy. On n’a pas tous la chance d’avoir un cow-boy dans sa famille. Et pourtant, les traces de sa ruée vers l’Ouest manquent. Des femmes et de la poussière ont presque eu raison de ce passé, de cette fuite, de cet aller, de ce retour. Poète, Espitallier nous embarque dans sa petite prose du Transatlantique, à la traversée d’un océan, à celle d’un pays, d’est en ouest. On débarque à Ellis Island, on passe à New York. Puis, on est emporté à l’ouest. Eugène y garde des vaches. Au début du siècle. Aux États-Unis.

L’auteur semble réaliser avec le tard l’évidence : Grandpa was a cowboy. C’est alors un jeu de piste auquel il s’adonne, avec des traces effacées, des témoins disparus, des documents manquants. Il faut recréer, combler les vides et briquer la légende : écrire. Et ça, Espitallier sait le faire. Sans renier son style poétique, on retrouve sa patte dans sa prose, ses fameuses listes deviennent instruments de description, ses phrases précises photographies. Et le texte s’enrichit de fantasmes, de souvenirs de films et de BD. On aime, alors, ce mouvement qui s’inverse, ce reflux : après avoir été cow-boy aux Amériques, Eugène s’en retourne à Barcelonnette. Il y a quelque chose du retour à la flache du bateau ivre dans cette nouvelle épopée dans lesquelles les femmes ont cette fois leur mot à dire. À taire.

Julien d’Abrigeon

Cow-boy,
Jean-Michel Espitallier,

Inculte