En collaboration avec le réseau des Librairies indépendantes en Nouvelle- Aquitaine, JUNKPAGE part chaque mois à la rencontre de celles et ceux qui font vivre le livre dans ce territoire.

Corinne Caupene vous accueille tendrement, avec, dans la voix, un quelque chose de mélancolique et heureux à la fois. À bien y regarder, sa librairie convoque sûrement toute la littérature du monde. L’antre est exigu, se plaint-elle, mais absolument chaleureux, se dit-on, alors qu’on devine et entendrait presque le ressac de l’océan à quelques centaines de mètres de là.
La libraire, sans galon ou diplôme, a tout de l’impeccable hôtesse à qui l’on donnerait les yeux fermés son âme de lecteur. La boutique, qu’une belle devanture de bois bleu distingue sur cet angle de rue conduisant à la plage, invite à la déambulation attentive entre les tables chargées. Il est parfaitement dingue de retrouver un semblant de vie sous ces latitudes médocaines, dans la torpeur hivernale d’une ville balnéaire sinon si prisée, bientôt trop prisée.
Ce lieu raconte l’histoire d’une libraire (évidemment) passionnée et totalement attachée à ce bout de terre hulotienne, reliée à la lointaine capitale girondine par un train joliment lent et paresseux. Tranquillement, posément, comme revenue de tout, Corinne Caupene raconte ses vingt-cinq années d’apprentissage à la Bouquinerie. Un quart de siècle achevé sur une rupture moche et douloureuse. Elle renaîtra finalement très vite après l’orage au 7 rue André-Leroux en 2010.

Librairie de Corinne ©Henry Clemens


Elle doit beaucoup à la chance, dit-elle, à la pugnacité, se dit-on, et à ALCA ou au CNL qui lui imaginèrent une vie de libraire indépendante à Soulac-sur-Mer. La clientèle locale est acheteuse de Martine et repêche pour sa progéniture les œuvres de Georges Chaulet ; un rien traditionnelle et très discrète. On la croit sur parole, un peu happé par la somnolence tiède d’une ville qui ressemble étrangement à l’inquiétante Portmeirion, sous l’hivernal soleil rasant.
Corinne Caupene défend la littérature sous toutes ses formes, mais s’attache, comprend-on très vite, à débusquer des textes qui vous emportent et compriment l’âme. On retrouve également un bel assortiment de livres pour la jeunesse, accompagné de loisirs créatifs, puzzles et autres jeux ; un choix érudit de BD, porté par Julien l’autre libraire.
Si la ville paraît bien éloignée des prérogatives de la lectrice prosélyte et de ses envies de partage, la libraire s’est trouvé un copain de combat culturel et tisse quelques liens avec le formidable cinéma Océanic.
Elle s’émerveille du passage d’enfants que rien ne prédisposait à la lecture. Bien entendu, elle accueille, après avoir collé les tables pleines contre les murs, les plumes.
Ainsi se réjouit-elle de la venue, en février, de la sensible Sophie Poirier (jadis collaboratrice de JUNKPAGE), qui présentera son attendu Signal (1). Corinne s’exporte parfois jusqu’à Lire en Poche, à Gradignan, où elle retrouve
copines et copains de LINA (2). La librairie bleue ressemble à un îlot, un phare vaillant et tenace : on s’y réfugie avec gourmandise et sans crainte.

Henry Clemens

1. Le Signal – Récit d’un amour et d’un immeuble (INCULTE). En dédicace le 26 février.
2. Librairie Indépendante de Nouvelle-Aquitaine.

Librairie de Corinne
7, rue André-Leroux
33780 Soulac-sur-Mer
09 75 95 86 54 www.facebook.com/Librairie-De- Corinne-891649807570311

LES RECOMMANDATIONS DU LIBRAIRE
Le Démon de la colline aux loups, Dimitri Rouchon-Borie (édition Le Tripode). L’histoire d’un gamin violenté par son père, avec le consentement de sa mère. Un environnement dans lequel les gosses semblent être réduits à des bouts de viande humaine. Une situation qui enfantera un être victime de pulsions morbides. Un texte stupéfiant sur la condition humaine.

Je citerai dans un même élan le formidable Anima de Wajdi Mouawad (Babelio), qui, à l’instar du roman précédant, décrit le rapport de l’homme à l’animal, révèle la part d’animalité en nous.

Librairie de Corinne ©DR