En collaboration avec le réseau des Librairies indépendantes en Nouvelle-Aquitaine, JUNKPAGE part chaque mois à la rencontre de celles et ceux qui font vivre le livre dans ce territoire.

Jean-Paul Brussac est arrivé place des Chartrons il y a 32 ans ! Son antre, dit-il, est l’accomplissement d’un rêve d’enfant, qui a pris racine à Paris, chez Shakespeare & Co., institution dans laquelle il œuvra bénévolement et qui fut son quartier général à un moment parfaitement heureux de son adolescence.

À quarante ans, et après avoir écumé la périphérie de Bordeaux, faute de budget conséquent, la chose était évidente : il allait s’installer dans son quartier des Chartrons. Le lieu, relativement éloigné du centre-ville, ouvrait des perspectives parfaites pour ce libraire autodidacte et novice. Jean-Paul décrit un métier alors sensiblement différent, évoque les trois grossistes chez lesquels toutes les librairies – petites ou moyennes – allaient
s’approvisionner. «Tous les lundis matins, tous les libraires de la région allaient là-bas et, en théorie, y trouvaient les grosses ventes et un peu de fonds. Nous nous servions en tenant compte du fait que les grosses ventes se trouvaient devant dans le hangar ! Moi, ça ne me plaisait pas, donc j’ai commencé à contacter les éditeurs en direct de manière empirique et surtout des éditeurs indépendants. »

L’élégant s’intéresse surtout à la poésie, peu distribuée et mal défendue. Il noue des relations d’amitiés avec nombre de maisons. De là naît son désir de promouvoir auteurs et éditeurs peu mis au-devant de la scène.

Il se souvient d’une anecdote – déclic originel – six mois après son installation. « Il y avait une dame qui venait de Langon, tous les mois, m’acheter des livres rares et de belle qualité. Un jour, je vais chez le fournisseur où je vois trois palettes de La Bicyclette bleue de Régine Desforges. Je passe plusieurs fois devant et finis par me dire, s’il y en a autant, c’est que ça doit se vendre comme des petits pains. J’en prends quelques exemplaires.

Le lendemain, la dame de Langon revient, s’approche de la vitrine, retire l’exemplaire de La Bicyclette bleue et me dit : “Monsieur ne faites surtout pas ça, c’est décevant”… » Une remarque sous la forme d’une leçon provenant d’une lectrice exigeante qui avait vécu ça comme une trahison. Il était dit qu’il fallait choisir son camp. Donc, au bout de deux ans, Jean-Paul Brussac crée un salon de la poésie, domaine très pauvre dans toutes les librairies ; il reste convaincu que cela faisait sens d’investir ce champ-là, d’autant plus que l’homme, sculpteur à ses heures, est un lecteur avide du genre. Force est de constater qu’au fil des ans, il est devenu une incontournable référence pour les auteurs de poésie ! « Si je devais définir l’endroit, je dirais que c’est une librairie de quartier avec une dimension universelle. Un lieu dans lequel je dois proposer des
choses cachées derrière des fagots. »
Henry Clemens

Librairie Olympique, 23 rue Rode, Place du Marché des Chartrons 33000 Bordeaux
05 56 01 03 90, Du mardi au samedi : 10h-12h30 ; 15h-19h30 ; lundi : 15h-19h30.
libolympique.poesiebordeaux.fr

LES RECOMMANDATIONS DE LA MAISON
Les Eaux Dormantes de Paul Andreu
, aux éditions Les Impressions Nouvelles. C’est un livre assez extraordinaire dans lequel il se passe peu de chose, mais où l’on comprend que tout est intérieur et essentiel. L’histoire d’un homme fragilisé, dont on ne sait pas grand-chose, qui arrive dans une maison. Le roman raconte comment cet homme va s’ouvrir au monde, comment il va s’étayer et finir par se reconstruire.

Sez Ner d’Arno Camnisch chez Quidam est un livre complètement dingue et une prouesse de traduction. C’est très beau et très simple. C’est la vie à la montagne. À travers des blocs courts l’auteur va radiographier le quotidien du vacher, du porcher, etc. Le tout est d’une immense drôlerie. Le ton de ce récit, fort documenté, est étonnant.